2084 : la fin du monde – Boualem Sansal

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« Si d’aucuns avaient pensé qu’avec le temps et le mûrissement des civilisations les langues s’allongeraient, gagneraient en signification et en syllabes, voilà tout le contraire : elles avaient raccourci, rapetissé, s’étaient réduites à des collections d’onomatopées et d’exclamations, au demeurant peu fournies, qui sonnaient comme cris et râles primitifs, ce qui ne permettait aucunement de développer des pensées complexes et d’accéder par ce chemin à des univers supérieurs. À la fin des fins régnera le silence et il pèsera lourd, il portera tout le poids des choses disparues depuis le début du monde et celui encore plus lourd des choses qui n’auront pas vu le jour faute de mots sensés pour les nommer.»

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Sur l'oeuvre et son auteur V2 [/su_heading]

Ingénieur, professeur à l’école polytechnique d’Alger, haut fonctionnaire Algérien, limogé pour ses prises de position et ses opinions sur le gouvernement de Bouteflika en 2003. Boualem Sansal est un de ceux qui écrivent en gravant en grosses lettres, dans chacun de ses romans, un message. Et il ne passe pas à côté de l’opportunité de suivre la peur encore fumante qui hante l’année 2015…

Publié en France chez Gallimard en août 2015, son dernier roman “2084 : La fin du monde”  récompensé par le Grand prix du roman de l’Académie française et  élu meilleur livre de l’année par le magazine Lire, nous donne à craindre un futur peu réjouissant largement inspiré de l’œuvre de Georges Orwell modifiée dans son essence et assortie d’une religion férocement ancrée.

Les critiques sont partagées :

« Le lecteur finira lui aussi par être emporté par le flot de Sansal pour couler à pic dans le cauchemar que nous fait vivre 2084 ». Libération.

« Dans vingt ans, quand les eaux islamophobes de France auront regagné leur lit, on se demandera comment on a pu s’emballer pour un thriller aussi lent ». ParisMatch.

 

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]histoire[/su_heading]

La quatrième de couverture nous donne un bel aperçu de ce à quoi s’attendre, des noms qui laissent peu de doutes sur leurs véritables cibles:

“L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.

Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…

Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.”

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique v2[/su_heading]

Sur la forme d’abord, il n’y a pas à douter : Boualem Sansal est une belle plume. Pas une de celles qui usent d’artifices pour maintenir l’attention à la façon d’un Michael Bay qui fait exploser tout ce qui est possible à l’écran ou en pimentant son ouvrage à grand coups d’érotisme. D’ailleurs, petite anecdote, j’étais dans le métro parisien, ligne 3, celle qui va de Levallois-Perret à République (en un certain sens c’est la plus hétéroclite) lorsqu’un vieux coq déplumé, un foulard rouge dépassant de son blaser de marque m’interpelle, me demandant mon avis sur ce livre en relevant ses lunettes de soleil (oui dans le métro). Je n’en étais encore qu’au premier tiers, mais déjà j’accrochais au style. Le gommeux dandy m’a répondu qu’il n’avait pas réussi à le finir, que ça manquait d’action à son goût. Il était à lire “Fifty Shades of Grey”. Je n’ai pas lu ce livre, et je ne doute pas de son pouvoir aphrodisiaque et de la qualité toute relative de l’écriture; mais c’est certain que “2084 : La fin du monde” est bien loin de ce genre d’action.

C’est en effet dans la contemplation que Sansal touche les gens et délivre son message. Sans pour autant être dans le réalisme quasi anthropologique de Zola, lui tend plus vers l’aquarelle, une toile un peu floutée. Il magnifie la lumière, éclaire ses personnages et embrase ses décors. J’ai parfois eut l’impression que son monde est contenu dans la flamme qui cache le visage du prophète que Boualem Sansal utilise à demi-mot. De ce point de vue c’est une vraie réussite.

 

Sur le fond, il me semble qu’on a perdu beaucoup de la profondeur et de la justesse d’Orwell. On a parfois le sentiment de quelques facilités scénaristiques et cela peut devenir rapidement frustrant. Mais, on découvre un monde s’appuyant sur des rouages déjà bien éprouvés par certains furieux du monde entier, religieux ou non. Et finalement ce que Sansal cherche à faire c’est nous mettre en garde contre un possible totalitarisme religieux, inquisiteur à la façon du Christianisme moyenâgeux, violent à la manière du nazisme moderne et effrayant comme peut l’être le fanatisme islamique contemporain. Outre ce propos, on ne peut pourtant pas s’empêcher d’avoir envie de secouer le héros et ce même si son charme réside en ce spleen de celui qui s’éveille dans un monde où la conscience est chose proscrite.

Je ne vous invite pas à approuver tout ce qu’il dit, bien au contraire, mais il n’est pas inintéressant d’aller l’écouter en interview.

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G. Orwell / B. Sansal

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Les plus et les moins[/su_heading]

[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Plus » icon= »icon: thumbs-o-up » icon_color= »#6ebc4b »]

– L’auteur sait nous peindre un monde douloureux aussi vidée de conscience qu’un désert aride.

– Une certaine poésie dans la litanie du héros qui saura charmer le lecteur.

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[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Moins » icon= »icon: thumbs-o-down » icon_color= »#801216″]

– Le contemplatif n’est pas pour tout le monde.

– Un propos politique de l’auteur hors du livre discutable. Qui risquerait d’orienter certains vers de sombres pensées.

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]conclusion[/su_heading]

Je ne peux que vous conseiller de ne pas voir en ce livre une dénonciation d’une religion, simplement une mise en garde ou l’expression d’une crainte. En tous cas j’ai préféré faire comme ça.

C’est un livre à lire, oui, mais sans s’attacher à se qui se passe dans le monde réel. Prenez de la distance.

Chagrin d’école – Daniel Pennac

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« C’est que je fus un mauvais élève et qu’elle ne s’en ai jamais tout à fait remise. Aujourd’hui que sa conscience de très vieille dame quitte les plages du présent pour refluer doucement vers les lointains archipels de la mémoire, les premiers récifs à ressurgir lui rappellent cette inquiétude qui la rongea pendant toute ma scolarité. »

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Sur l'oeuvre et son auteur V2 [/su_heading]

Le monsieur dont j’ai grande envie de vous parler, est un de ces auteurs qui vous mettent la larme à l’œil quand arrive la dernière page d’un de leurs romans. Il est de ces écrivains qui vous transportent loin, qui vous donnent envie de rencontrer leurs personnages. Et par dessus tout il rayonne d’une bienveillance magnifique avec ses lecteurs. Il est le professeur de français dont tout le monde a pu rêver. Si je devais en retenir un, ce serait sûrement lui… Alors forcément la critique qui suivra ne saura être impartiale, comme tous les écrits de ce genre qui engagent une appréciation personnelle, mais cette fois moins objective encore.

Et en dire plus sur son auteur n’aurait pas de sens dans la mesure où ce livre, pour lequel il a obtenu le prix Renaudot en 2007, est un roman autobiographique. On fera ressortir que ce monsieur a été instituteur et professeur de Français, c’est surtout autour de son métier qu’il tournera dans Chagrin d’école.

Daniel Pennac est aussi l’auteur de la saga Malaussène, sept ouvrages parus de 1985 à 1999 chez Gallimard qui nous content l’histoire pas si drôle de M. Malaussène, bouc-émissaire de profession. On parle de roman fiction réaliste, je préfère parler de morceaux de vie, souvent loufoques. Il est également celui qui a écrit la série Kamo, plusieurs autres romans, quelques essais, des BD ou encore des pièces de théâtre.

 

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]histoire[/su_heading]

La quatrième de couverture de ce bouquin est couverte des notes catastrophiques rangées dans un vieux bulletin qu’on imagine dépeindre les performances scolaires de l’auteur.

Arts plastiques : 10,5 « Dessine partout sauf en classe. »

Éducation musicale : 6 « Bavardage incessant. »

EPS : / « Beaucoup trop d’absences. »

Français : 7 « Élève gai, mais triste élève. »

Histoire Géographie : 11,5 « Peut encore mieux faire. »

Mathématiques : 7,15 « Manque de bases. »

LV1 Anglais : 3 « Parle beaucoup mais pas un mot d’anglais. »

SVT : 8 « Ne doit pas se décourager. »

Technologie : 4,5 « N’a rien fait, rien rendu. »

Décision : « Le troisième trimestre sera déterminant. »

 

On retiendra que la plus jolie des annotations dans la formulation et la plus triste des formules sur le fond venait d’un des futurs confrères de l’auteur… Un professeur de Français.

L’auteur nous livre son parcours, de son enfance à la scolarité cahoteuse, à la rédaction de cette autobiographie. Passant par un bilan et des doutes sur lui-même, sur son efficacité en tant que professeur : a-t-il réussi à transmettre à ces élèves, un peu cancres, qui lui ressemblent et lui rappellent ses craintes, un peu de savoir, un peu de gaieté ?

 

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique v2[/su_heading]

Je vais vous l’avouer tout de suite, je n’arrive pas à finir ce livre. Pas parce qu’il est illisible, compliqué, savant ou plus simplement pénible. Non, c’est un phénomène bien moins sérieux : je n’arrive pas à tourner les pages de ce satané bouquin parce que je suis bien avec son auteur, avec son histoire et que j’ai lu assez de livres pour savoir que ceux que l’on dévore nous font l’effet d’une douche froide quand à la fin on se retrouve orphelin des personnages, des lieux et de l’univers de l’auteur. Non décidément j’aime le voir posé sur ma table de nuit, le marque page un peu poussiéreux mais encore planté dans le papier.

Alors oui, l’autobiographie c’est un style particulier, je n’en ai lu que deux avec celui-ci (disons un et demi plutôt) l’autre c’est encore un cas à part : l’histoire d’une jeune fille forcée de se cacher derrière une bibliothèque pour échapper à une folie collective, à des soldats portant sur leurs uniformes gris, un brassard rouge et blanc arborant un symbole qui a lui seul suffit à choquer de nos jours. Un classique en tous cas. Un style particulier disais-je, certes, mais pas déplaisant quand il ne s’agit pas de l’autobiographie souvent vide d’un footballeur ayant sûrement fait appel à un nègre (sans préjugé aucun sur leurs capacités linguistiques, après tout ce sont « des joueurs qu’on va vite avec le ballon » et on ne leur demande pas plus à vrai dire). Non là, le monsieur il est intéressant. Il nous raconte son enfance, d’accord mais pas que : il s’inquiète pour ceux qui suivent, ceux qui subiront les sociétés plus ou moins branlantes, le chômage et toutes ces péripéties modernes.

Loin d’être nombriliste, l’écrivain nous donne l’impression de n’être qu’une figure (de cinéma) dans un monde qu’il peine à comprendre tout au long de sa vie. D’une enfance où l’école lui échappe à une vision presque étonnée d’un adulte qui cherche à sauver des élèves abandonnés par l’éducation. On rit quand on lit ses méthodes de correction des copies de ses lycéens. On est tout aussi triste que lui quand il nous raconte ses échecs…

M. Pennac est le professeur de Français que tout le monde rêverait d’avoir, celui qui est capable de provoquer un déclic chez les élèves récalcitrants à notre belle langue. La totale adoration que je porte à cet homme est aussi peut-être un peu plus personnelle. Dans tous les cas, il m’avait conquis avec toute la smala Malaussène,avec ce livre il est entré dans mon petit panthéon personnel des hommes avec qui je partagerai volontiers un déjeuner en plus des idées…

 

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]Les plus et les moins[/su_heading]

[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Plus » icon= »icon: thumbs-o-up » icon_color= »#6ebc4b »]

– Une écriture magique, à la fois douce et entrainante…

– Un auteur magistral qui sait parler au lecteur sans avoir à se placer au dessus.

– Une autobiographie loin d’être nombriliste.

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[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Moins » icon= »icon: thumbs-o-down » icon_color= »#801216″]

– Le point noir : les biographies rebutent les gens…

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]conclusion[/su_heading]

Vous l’aurez compris il s’agit d’un véritable coup de cœur, autant pour le livre que pour l’homme.

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Les mangeurs d’étoiles – Romain Gary

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Une file de Cadillacs noires roule à toute allure dans les Andes, sur les lacets d’une dictature sud-américaine sur laquelle règne d’une main de fer José Almayo ; à leur bord, toute une ribambelle d’artistes, de saltimbanques, un prêtre, un avocat, tous invités de l’autocrate. Tout à coup, la colonne s’arrête. Le capitaine Garcia reçoit l’ ordre de tous les fusiller…


[su_heading size= »35″ margin= »0″]Sur l'oeuvre et son auteur V2 [/su_heading]

De son vrai nom Roman Kacew, diplomate (et ceci prendra tout son sens dans ce roman), Romain Gary est aussi écrivain, reconnu et honoré pour des livres comme Les racines du ciel et La promesse de l’aube deux romans récompensés par des prix Goncourt.

Publié en 1966 Les mangeurs d’étoiles c’est un fantasme de diplomate, une tragédie pittoresque dont il aurait voulu être le témoin direct… Et qui finalement n’était peut être pas si éloigné de son expérience sud-américaine. Les mangeurs d’étoiles n’ont rien à voir avec le monde de l’astronomie, non ce sont d’abord ces indiens cujons qui mâchent les feuilles de mastala, de quoi leur faire oublier les siècles d’avilissement et leur misère rémanente. Mais pour Romain Gary, ces mangeurs d’étoiles ce sont aussi tous ces gens qui sont prêts à tout pour toucher du doigt un idéal inatteignable…

A noter qu’il y a une suite « Adieu Gary Cooper », parue en 1969. Une suite qui sort complétement de ce contexte-ci.

 

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]histoire[/su_heading]

Invité par le Général Almayo, le Docteur Horwat, prédicateur de renom, égérie des médias et des pratiquants, se retrouve à bord d’une Cadillac noire, brillante, un véhicule officiel qui fonce vers le palais présidentiel. A ses côtés et dans les voitures qui suivent tout une troupe de saltimbanques aux talents variés, allant du ventriloque loufoque au priapique cubain, sans oublier cette vieille indienne qui passait son temps à mâcher ses étranges plantes, perdue dans ses hallucinations.

La capitaine Garcia fit arrêter le convoi dans un petit village perdu dans les montagnes. Bientôt rejoins par une américaine quelque peu alcoolisée que tous les soldats semblaient regarder avec respect ou tout du moins avec crainte. Ils n’avaient pas peur d’elle mais de son amant : le libérateur du pays, leader maximo du peuple orpimé, le Général Almayo. Le téléphone sonna. Et seul ceux qui comprenaient l’espagnol devinrent blêmes, les autres commencèrent à s’agiter. Garcia demanda confirmation. Plus de doute, Almayo lui-même avait répondu. Ils seraient tous fusillés y compris sa fiancée et sa mère.

Là était sa seule issue. Fusiller tous ces étrangers, parmi lesquels figuraient des Américains, c’était sa seule option. Il les ferait tous tuer pour mettre sa sur le dos de ces révolutionnaires qui ne se satisfaisaient plus de son règne. Il avait faiblit et son maître l’avait bien vu.

De là commence toute une série de portraits, de fils de vie et de chemins variés qui viennent expliquer le pourquoi de cette grotesque mascarade.

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique v2[/su_heading]

Bien étonnante façon d’expliquer le monde et ses agitations. Romain Gary nous livre ici un récit réfléchi quasi-philosophique sans la prose qui rebute les non-initiés (comme moi) à lire des gens comme Bergson. En plus de nous donner un panorama d’existences toutes plus passionnantes et passionnées les unes que les autres, des parcours magiques, parfois tragiques, l’auteur utilise habilement les mots pour nous pousser à cogiter sur ce qui motive les rêves de chacun.

Un point habilement amené c’est la cause de la folie sanglante d’Almayo. Qu’est-ce qui motive la soif inexpugnable de mal du général ? Le gamin qu’il était a pris sur ses épaules le poids des générations d’indiens Cujons qui se sont retrouvés sous le joug des Espagnols depuis la colonisation et qui jusqu’à lui s’est traduit par une éducation catholique extrême. Pour lui la Terre est le royaume du Diable et le Ciel est le domaine de Dieu. Sur Terre, l’argent, le sexe, la drogue, le meurtre, tout les crimes, tout ce qui peut nuire est l’œuvre du démon. Et pour l’enfant qui n’a rien, ni richesse ni avenir, seul le Diable peut lui offrir un avenir. Et persuadé de ce fait, il fera tout ce qu’il peut de mauvais pour attirer son attention, bénéficier de sa proteciòn. Il courra jusqu’à la fin pour pactiser avec lui, pour lui vendre son âme. Encore une fois, c’est un antihéros. Et de ce point de vue, le personnage est un triomphe : on vit son évolution avec horreur et souvent avec compréhension…

Sur les autres personnages, c’est tout autant réussi. Romain Gary nous dépeint toute une bande de mangeurs d’étoiles d’un certain type. Tous à la poursuite d’un rêve : l’un obsédé par la n-ième balle, incapable de se satisfaire de ses talents déjà reconnus de jongleur, un autre dont le talent de violoniste n’a été remarqué que parce qu’il jouait sur la tête, ou encore un pasteur décidé à livrer un combat à mort contre le Diable, persuadé que son existence est pareille à un ring de boxe. Tous torturés dans leur poursuite d’un rêve. Tous un peu fous. Tous compris par Almayo.

Gary aborde aussi le thème de l’omnipotence des USA en Amérique du Sud, un hégémonie parfois pleine d’idéaux, parfois bien plus avilissante. Toute-puissante influence qui se retrouve personnifiée par la fiancée d’Almayo persuadée de faire le bien, et qui cherche à se racheter auprès d’un autre maître, Dieu.

Sur l’écriture plus globalement, il n’y a rien à redire. Et on comprend assez aisément la renommé de Gary en tant qu’écrivain. Même s’il m’a parfois semblé traverser quelques longueurs… Je ne saurai dire si c’était l’inconfort du métro ou si il s’agissait de l’auteur. Mais de toute façon, il m’a transporté. Il m’a emmené jusque dans ces montagnes, il m’a fait sentir la sueur des condamnés, il m’a montré les étoiles que poursuivent sans fin tous ses personnages.

Pour finir, voilà une interview sortie des archives de l’INA sur ce livre, http://www.ina.fr/video/I05300177,  Romain Gary développe tout ce qu’il cherchait à y montrer. Je ne retiendrai qu’une phrase :

« Goethe a franchement menti. La véritable tragédie de Faust ce n’est pas qu’il ait vendu son âme au Diable, c’est qu’il n’y a pas de Diable pour vous l’acheter. »

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Les plus et les moins[/su_heading]

[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Plus » icon= »icon: thumbs-o-up » icon_color= »#6ebc4b »]

– Une écriture qui vous transporte loin…

– Des personnages envoûtants.

– Une volonté de faire réfléchir le lecteur sur des sujets relativement compliqués, mais d’une façon suffisamment légère pour ne pas brusquer le lecteur.

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[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Moins » icon= »icon: thumbs-o-down » icon_color= »#801216″]

– Quelques longueurs.

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]conclusion[/su_heading]

A lire et à réfléchir. Un roman étonnant, qui fait voyager, qui fait penser.

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J’irai cracher sur vos tombes – Boris Vian

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Publié pour la première fois en 1946 aux éditions du Scorpion; Boris Vian, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, nous donne à lire un récit insidieux dont la violence se révèle doucement au fil des pages, à la façon d’un venin. Un scorpion nous a piqués et son venin se répend lentement en nous.

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Sur l'oeuvre et son auteur V2 [/su_heading]

Boris Vian, poète, écrivain, peintre, acteur ou scénariste, ingénieur de formation, l’homme touche à tout, l’artiste est fabuleux. Et c’est sous un nom d’emprunt qu’il a commencé sa carrière d’écrivain : Vernon Sullivan. Vian se disait être son traducteur français.

C’est donc en 1946 que paraît « J’irai cracher sur vos tombes », hué par les critiques indignés d’autant de violence. Mais il ne faut pas s’y tromper, la verve brutale de l’artiste n’est pas gratuite, elle dénonce. Mieux, les mots du poète hurlent l’horreur de la ségrégation raciale aux États-Unis dans l’après guerre. Mais pas comme vous pourriez vous y attendre…

Boris Vian

[su_heading size= »35″ margin= »0″]histoire[/su_heading]

Buckton, Virginie. Une de ces petites villes d’un des états qui soutenait l’esclavage avant la guerre civile, une de ces petites villes qui continuent de voir l’homme noir comme un animal. Un homme débarque de New-York avec un dollar en poche, un revolver et un emploi de libraire dans le petit patelin. C’est Tom, son frère, qui lui avait obtenu. Il a fui la grande ville, poursuivit par les tueurs du gosse, un truc louche qui a mal tourné. Ses dadas, c’est le blues, le sexe et l’alcool. Et il ne compte pas en rester là. Lee Anderson… Il se ferait appeler Lee Anderson.

Il est difficile d’en dire plus sans gâcher le roman, sans révéler la substance de l’ouvrage qui mérite d’être découverte au fur et à mesure des pages. Vian ouvre ce roman de façon très floue, très vague et on ne comprend pas tout de suite ce que le protagoniste cherche à faire et c’est justement ça qui rend ce roman si plaisant. C’est le cheminement qui magnifie l’écriture plutôt que la finalité.

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique v2[/su_heading]

Des petits éléments révélant le contenu du livre peuvent s’être glissés dans ce qui suit. Mais il me semble que ceux-ci ne nuiront pas à l’expérience… Et comment faire autrement pour parler de mes ressentis ?

D’avance je préfère prévenir : ce livre n’est pas destiné à être lu par des enfants. Et à mon humble avis, il sera détesté et refermé par la plupart dès que la nature du héros se sera révélée. Ce livre est choquant. Ce livre est violent. Vian a voulu mettre un coup de pied dans la termitière ségrégationniste, il a souhaité marquer les esprits.

L’écriture peut paraître libidineuse, même obscène et sous certains aspects et dans un certain angle de lecture, on peut ne comprendre que ça, on ne peut lire que des horreurs. Pour ma part, et je me fais peut-être des idées, il m’a semblé lire le récit d’une vengeance. Un long cheminement vers une vendetta sanglante : un miroir de la violence que subissait les Afro-Américains dans le XXème siècle. Et tout la fureur que recèlent les mots de l’auteur prend alors son sens. Mais il est vrai que même en prenant en compte cette donnée, on peut, après quelques chapitres, aisément comprendre la censure qu’a connu ce livre, sans pour autant la cautionner…

Le personnage principal,  »Lee Anderson » : sur ce point, Vian est très fort, il m’a fait aimé un démon. Il m’a fait m’attacher à cet homme mystérieux qui débarque dans une petite ville où tout le monde se connaît et où personne ne l’attend. Un homme assez charismatique pour s’accorder les faveurs des jeunes filles du coin. Et assez séducteur pour devenir indispensable aux yeux de certaines.. Avec pour armes le Blues, le sexe et l’alcool il nous tire tout doucement dans l’ombre des ses funestes desseins avec un charme certain. J’ai dévoré ce roman en une soirée (il n’est pas bien long, avec à peine plus de 200 pages) et c’est un sentiment désagréable qui m’est resté quand je l’ai refermé. Je me suis sentis sale d’avoir suivi cet antihéros – ou héros moderne selon si l’on aime les  »bad boys » – dans sa folie vengeresse. Le côté paradoxal c’est que malgré mon dégoût pour l’homme et ses actions, je n’ai pas pu m’arrêter de tourner les pages. Et sur ce point, Vian n’a pas usurpé sa réputation de grand écrivain…

Pour ce qui est des autres personnages, Vian a choisi de les effacer ou de rendre ceux qui étaient assez malins pour interagir désagréable au lecteur. L’auteur a su faire un travail de séduction et il a créé un personnage unique autour de qui tourne tout le reste du roman, sans existence propre. Un protagoniste que l’on peut apprécier même avec méfiance.

On regrettera surtout que Vian ait eut la plume aussi graveleuse. Ce livre ferait, à coup sûr, pâlir les lectrices doucement excitées par la romance érotique de E. L. James… Et certaines scènes relèvent plus de la perversité gratuite que du message utile.

Le plus triste dans ce livre c’est le message. Vian choisit de nous montrer un homme qui a tranché en faveur de la vengeance par le sang. Et nous montre comment la violence peut apparaître comme l’unique solution. En lieu et place d’un message progressiste il nous livre une certaine réalité encore d’actualité après les récentes émeutes en Amérique du Nord… Une certaine réalité transposable un peu partout dans le monde moderne.

« Ceux du village le pendirent tout de même parce que c’était un nègre. »

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Les plus et les moins[/su_heading]

[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Plus » icon= »icon: thumbs-o-up » icon_color= »#6ebc4b »]

– Un cheminement suffisamment envoûtant pour vous rendre complice du héros.

– Une écriture sans concession.

– Un sujet encore sensible et non moins d’actualités aux États-Unis. Comme quoi, les choses n’ont pas forcément évolué.

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[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Moins » icon= »icon: thumbs-o-down » icon_color= »#801216″]

– Une violence souvent dérangeante.

– Le sexe, omniprésent, dérangeant.

– Une morale étonnante. Et un message bien triste.

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[/su_column]Plume-03

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]conclusion[/su_heading]

A tenir loin des âmes prudes. Un bouquin qui reste en tête longtemps après sa lecture  et qui peut laisser une amère sensation de culpabilité. Ma note est à la fois élevée pour signifier la qualité d’écriture et à la fois basse pour exprimer un certain désarroi face aux images que Vian nous crache à la figure.

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Maus – Art Spiegelman

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Récit d’une époque sombre, héritage d’un père. Maus est l’œuvre d’une vie, un hommage et surtout un témoignage. Récompensé par le Pulitzer en 1992 pour cet ouvrage, Art Spiegelman nous raconte son père.

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Sur l’œuvre et son auteur [/su_heading]

Art Spiegelman est le fils d’un survivant du camp de la mort d’Auschwitz, dont le récit de la vie est le roman graphique. Réalisé dans les années 1970 & 1980, Maus a reçu dès sa parution de nombreuses récompenses dont un prix Pulitzer en 1992 dans la catégorie prix spéciaux et citations.

Pourquoi Maus ?  A mon sens il remplace le « Juden » crié par l’Allemagne nazie pointant du doigt un peuple. Maus c’est aussi la vie de Vladek Spiegelman, le père d’Art, juif polonais. De son village natal,  Sosnowiec, à la Floride, de sa jeunesse à la fin de sa vie. Maus, c’est l’histoire de sa survie dans les camps de la mort nazis, mais pas seulement. Art a pris soin d’aller écouter son père. Et il nous relate tout du présent comme du passé, mais avec une drôle d’idée: les juifs sont des souris et les nazis les chats qui leur font la chasse.

maus2« On les a regardé jusqu’à ce qu’ils disparaissent… C’était la dernière fois qu’on les voyait; mais ça on ne pouvait pas le deviner »

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique [/su_heading]

Maus m’a rebuté dans les premières pages et même avant que je ne l’ouvre. Ce n’est pas le dessin qui m’a gêné mais le fait de lire une fois de plus la Shoah et son horreur. D’en entendre encore autant sur des événements si tragiques de nos jours ça me pèse la plupart du temps. Un peu comme un gamin à qui l’on dit qu’il ne faut pas toucher ci, qu’il ne faut pas faire ça. Un peu convaincu que ça ne servait à rien de ressasser le passé, que quelque soit la profondeur de la plaie les générations à venir n’en feraient qu’à leur tête. J’étais tombé sur une citation de W. Churchill :

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre »

Il a suffit que je lise une vieille formule pour me souvenir que le travail de mémoire c’est quelque chose d’important. Qui semble la plupart du temps inutile, et pourtant… Et c’est donc un peu plus intéressé que je me suis plongé dans Maus.

L’auteur a choisi de tout nous raconter de façon crue. Il n’omet pas les travers de son père, sa radinerie obsessive et ses tocs. Art nous montre même l’incohérence ironique du racisme de son père. Il n’épargne rien, ni à son père ni à chacun des acteurs présents.

Maus_1_006« Des amis ? Tes amis ? Enfermez-vous tous une semaine dans une seule pièce sans rien à manger… Alors tu verras ce que c’est, les amis… »

Mais il a fait un choix surprenant : pas d’humain, juste des animaux. Une espèce pour chaque peuple. Les Juifs sont des souris, les Polonais des cochons, les Allemands sont des chats, etc. Cette réification donne lieu à de superbes images : un juif se faisant passer pour un Polonais lambda n’est alors qu’une souris avec un masque de cochon. Et à mon sens, c’est un triste constat de la vision des sociétés de l’époque, la représentation que les hommes ne sont pas tous égaux, pas tous semblables. Et finalement d’anciens voisins qui se ressemblaient pourtant ne font plus partie de la même espèce. Même pire que cela, rien ne change dans son présent.

De façon plus esthétique et moins engagée dans le propos, le dessin est simpliste peu souvent propice à faire s’attarder le lecteur sur un paysage ou la finesse d’un personnage. Un peu à la façon d’un Tintin au pays des Soviets. L’œuvre n’est d’ailleurs pas orientée en ce sens et ce qui doit ressortir de la lecture n’est pas le dessin mais l’histoire qui nous est racontée. Les honneurs qu’Art a reçus pour ce livre en témoignent bien : le prix Pulitzer ne récompense pas le dessin.

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Les plus et les moins[/su_heading]

[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Plus » icon= »icon: thumbs-o-up » icon_color= »#6ebc4b »]

– L’ambiance parfois comique de l’œuvre mais qui montre toujours à quel point la seconde guerre a marqué les esprits.

– L’honnêteté de l’auteur, il n’a rien omis, rien oublié pas même les défauts de son père ceux des autres et les siens.

– L’idée du chat et de la souris.

– Les interludes du présent.

[/su_service]

 

[/su_column]

[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Moins » icon= »icon: thumbs-o-down » icon_color= »#801216″]

– Un sujet sensible et bien triste que l’on a déjà vu relaté peut-être trop de fois.

[/su_service]

[/su_column]Plume-04

[su_row][/su_row]

[su_heading size= »35″  margin= »0″]Conclusion [/su_heading]

Un ouvrage à ne pas mettre entre toutes les mains et qui n’est pas de l’ordre du divertissement, mais a pour vocation de faire réfléchir. A lire quand on se sent prêt.

maus1

Okko – Hub

okko-bd-volume-2

Okko est un rônin, samouraï déshonoré devenu chasseur de fantômes. Il traverse un Japon féodal fantastique accompagné de ses deux compagnons et d’un enfant recueilli par le héros. Le lecteur va suivre les récits de cet aventurier au travers du regard de cet enfant.  Dessins et scénarios de Hub.

[su_heading size= »35″ margin= »0″]La saga[/su_heading]

Okko-bd

On aura plaisir à suivre Okko, Noburo et Noshin au travers de cinq cycles composés chacun de deux tomes. Débutée en 2005, l’épopée du chasseur de monstres attend son dixième et dernier tome qui paraîtra en novembre 2015.

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Histoire[/su_heading]

Okko, samouraï sans maître, traverse un Japon médiéval traquant les esprits et autres goules à la demande des seigneurs locaux. A chaque cycle son élément. A chaque intrigue son explication et Okko tranche dans le vif. Avec l’aide d’un Petit Jean aux airs de moine bouddhiste, alcoolique et paresseux et d’un mystérieux géant au visage masqué, le héros va tenter de renvoyer les mauvais Kamis dans l’oubli.

Okko-bd2

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique [/su_heading]

Servi par un dessin magnifique quoique particulier, Okko se révèle être une saga envoûtante et pleine de surprises. Moi-même peu au courant de la culture japonaise, et encore moins de sa mythologie, Hub m’a permis d’en découvrir un large pan avec envie.

Les décors sont magiques, les intrigues sont exquises et les complots tous aussi alléchants. Toutes les planches sont magnifiques. Les personnages sont savoureux, bien que comme souvent dans la BD très caricaturaux dans leurs comportements ce qui ici n’enlève rien à l’œuvre, et sert même l’ambiance générale.

Sur le dessin maintenant. Hub a une patte bien à lui, un style qui peut sembler parfois grossier mais qui relève à mon sens d’un choix artistique bien fondé. En tous cas il propose quelque chose d’inédit. Bon évidemment chaque artiste a son style, sa façon de faire… Mais Hub, c’est autre chose.

Certains pourront se plaindre de l’absence d’une nuée de bulles de dialogues. Mais ici, et non parce que c’est une BD, Hub a fait un choix. Il ne faut pas s’y méprendre, les bulles sont présentes, mais elles ne nous abreuvent pas d’innombrables informations. L’auteur nous rapproche encore plus de ce que j’ai pu apercevoir de la culture japonaise dans son théâtre muet, dans sa façon de ne dire que le nécessaire, mais de ne pas être avare en coups.

Entre scènes de duels au sabre et pauses romantiques sous les cerisiers japonais, l’auteur a su maintenir en haleine jusqu’au bout le lecteur que je suis. Au point même de susciter le dilemme tragique du lecteur : dévorer ou savourer.

[su_heading size= »35″  margin= »0″]Les plus et les moins [/su_heading]

[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Plus » icon= »icon: thumbs-o-up » icon_color= »#6ebc4b »]

– La patte graphique qui sort de ce qu’on a l’habitude de voir

– Le scénario qui permet à la fois de découvrir la culture et la mythologie japonaise.

– Les personnages oscillant entre guerriers mythiques et poivrots drolatiques.

– Un univers surprenant par ses idées (notamment les marionnettes de guerre) et peu exploité dans la BD.

[/su_service]

 

[/su_column]

[su_column size= »1/3″][su_service title= »Les Moins » icon= »icon: thumbs-o-down » icon_color= »#801216″]

– Savoir s’arrêter avant que la qualité n’en pâtisse est une bonne chose, on déplorera que les 9 (bientôt 10) tomes ne suffisent à étancher l’univers que Hub a su créer.

[/su_service]

[/su_column] Plume-05

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[su_heading size= »35″  margin= »0″]Conclusion [/su_heading]

A lire absolument que l’on soit initié ou non à la BD.