Chagrin d’école – Daniel Pennac

Biographies Coups de coeurs

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« C’est que je fus un mauvais élève et qu’elle ne s’en ai jamais tout à fait remise. Aujourd’hui que sa conscience de très vieille dame quitte les plages du présent pour refluer doucement vers les lointains archipels de la mémoire, les premiers récifs à ressurgir lui rappellent cette inquiétude qui la rongea pendant toute ma scolarité. »

 

Sur l'oeuvre et son auteur V2

Le monsieur dont j’ai grande envie de vous parler, est un de ces auteurs qui vous mettent la larme à l’œil quand arrive la dernière page d’un de leurs romans. Il est de ces écrivains qui vous transportent loin, qui vous donnent envie de rencontrer leurs personnages. Et par dessus tout il rayonne d’une bienveillance magnifique avec ses lecteurs. Il est le professeur de français dont tout le monde a pu rêver. Si je devais en retenir un, ce serait sûrement lui… Alors forcément la critique qui suivra ne saura être impartiale, comme tous les écrits de ce genre qui engagent une appréciation personnelle, mais cette fois moins objective encore.

Et en dire plus sur son auteur n’aurait pas de sens dans la mesure où ce livre, pour lequel il a obtenu le prix Renaudot en 2007, est un roman autobiographique. On fera ressortir que ce monsieur a été instituteur et professeur de Français, c’est surtout autour de son métier qu’il tournera dans Chagrin d’école.

Daniel Pennac est aussi l’auteur de la saga Malaussène, sept ouvrages parus de 1985 à 1999 chez Gallimard qui nous content l’histoire pas si drôle de M. Malaussène, bouc-émissaire de profession. On parle de roman fiction réaliste, je préfère parler de morceaux de vie, souvent loufoques. Il est également celui qui a écrit la série Kamo, plusieurs autres romans, quelques essais, des BD ou encore des pièces de théâtre.

 

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histoire

La quatrième de couverture de ce bouquin est couverte des notes catastrophiques rangées dans un vieux bulletin qu’on imagine dépeindre les performances scolaires de l’auteur.

Arts plastiques : 10,5 « Dessine partout sauf en classe. »

Éducation musicale : 6 « Bavardage incessant. »

EPS : / « Beaucoup trop d’absences. »

Français : 7 « Élève gai, mais triste élève. »

Histoire Géographie : 11,5 « Peut encore mieux faire. »

Mathématiques : 7,15 « Manque de bases. »

LV1 Anglais : 3 « Parle beaucoup mais pas un mot d’anglais. »

SVT : 8 « Ne doit pas se décourager. »

Technologie : 4,5 « N’a rien fait, rien rendu. »

Décision : « Le troisième trimestre sera déterminant. »

 

On retiendra que la plus jolie des annotations dans la formulation et la plus triste des formules sur le fond venait d’un des futurs confrères de l’auteur… Un professeur de Français.

L’auteur nous livre son parcours, de son enfance à la scolarité cahoteuse, à la rédaction de cette autobiographie. Passant par un bilan et des doutes sur lui-même, sur son efficacité en tant que professeur : a-t-il réussi à transmettre à ces élèves, un peu cancres, qui lui ressemblent et lui rappellent ses craintes, un peu de savoir, un peu de gaieté ?

 

 

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Je vais vous l’avouer tout de suite, je n’arrive pas à finir ce livre. Pas parce qu’il est illisible, compliqué, savant ou plus simplement pénible. Non, c’est un phénomène bien moins sérieux : je n’arrive pas à tourner les pages de ce satané bouquin parce que je suis bien avec son auteur, avec son histoire et que j’ai lu assez de livres pour savoir que ceux que l’on dévore nous font l’effet d’une douche froide quand à la fin on se retrouve orphelin des personnages, des lieux et de l’univers de l’auteur. Non décidément j’aime le voir posé sur ma table de nuit, le marque page un peu poussiéreux mais encore planté dans le papier.

Alors oui, l’autobiographie c’est un style particulier, je n’en ai lu que deux avec celui-ci (disons un et demi plutôt) l’autre c’est encore un cas à part : l’histoire d’une jeune fille forcée de se cacher derrière une bibliothèque pour échapper à une folie collective, à des soldats portant sur leurs uniformes gris, un brassard rouge et blanc arborant un symbole qui a lui seul suffit à choquer de nos jours. Un classique en tous cas. Un style particulier disais-je, certes, mais pas déplaisant quand il ne s’agit pas de l’autobiographie souvent vide d’un footballeur ayant sûrement fait appel à un nègre (sans préjugé aucun sur leurs capacités linguistiques, après tout ce sont « des joueurs qu’on va vite avec le ballon » et on ne leur demande pas plus à vrai dire). Non là, le monsieur il est intéressant. Il nous raconte son enfance, d’accord mais pas que : il s’inquiète pour ceux qui suivent, ceux qui subiront les sociétés plus ou moins branlantes, le chômage et toutes ces péripéties modernes.

Loin d’être nombriliste, l’écrivain nous donne l’impression de n’être qu’une figure (de cinéma) dans un monde qu’il peine à comprendre tout au long de sa vie. D’une enfance où l’école lui échappe à une vision presque étonnée d’un adulte qui cherche à sauver des élèves abandonnés par l’éducation. On rit quand on lit ses méthodes de correction des copies de ses lycéens. On est tout aussi triste que lui quand il nous raconte ses échecs…

M. Pennac est le professeur de Français que tout le monde rêverait d’avoir, celui qui est capable de provoquer un déclic chez les élèves récalcitrants à notre belle langue. La totale adoration que je porte à cet homme est aussi peut-être un peu plus personnelle. Dans tous les cas, il m’avait conquis avec toute la smala Malaussène,avec ce livre il est entré dans mon petit panthéon personnel des hommes avec qui je partagerai volontiers un déjeuner en plus des idées…

 

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Les plus et les moins

Les Plus

– Une écriture magique, à la fois douce et entrainante…

– Un auteur magistral qui sait parler au lecteur sans avoir à se placer au dessus.

– Une autobiographie loin d’être nombriliste.

 

Les Moins

– Le point noir : les biographies rebutent les gens…

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conclusion

Vous l’aurez compris il s’agit d’un véritable coup de cœur, autant pour le livre que pour l’homme.

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Hycar
Incapable d'apprécier la verve fluide des auteurs comme Bergson ou Platon qui ne sont pourtant pas inintéressant, je baigne largement plus dans l'utopie de Barjavel ou la poésie de Pennac. Je ne boude pas mon plaisir devant une bonne BD et j'ai d'ailleurs longtemps exaspéré les libraires qui me voyaient dévorer leurs étagères de BD sans jamais rien emporter... Je chéris les romans d'Heroic-Fantasy et de SF, mais mon truc à moi c'est ce qui fait voyager dans le réel. Bref, je lis, un peu de tout, à mon rythme quoi..

5 Commentaires

  1. Bonjour ! J’ai vu – un peu tard – les annonces sur les réseaux sociaux concernant cet article où il est qualifié comme l’un des plus réussis du site et je suis bien d’accord, quand bien même je n’en ai pas lu beaucoup !

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    • Hycar

      Merci Erine, j’apprécie le compliment et d’autant plus si l’article pousse les gens à passer un bon moment avec ce livre!

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  2. Une critique poétique pour un auteur qui l’est tout autant. J’adore Pennac !

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  3. Plus j’adore cette histoire de l’œil du loup

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  4. J’adore

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