Être Auto-Édité #1 – Erika Boyer / Audrey Lardy

Être Auto-Édité Non classé

 

Bonjour et bienvenue dans ce premier numéro de « Être Auto-Édité », un grande interview d’auteurs indépendants basée sur le statut et la vie des auteurs qui s’éditent eux-mêmes !

En tout, ce sont 14 auteurs qui vont se succéder dans ses pages, au fil des semaines.

Aujourd’hui, place à Erika Boyer et Audrey Lardy !

 

Être Auto-Édité

 

Décrivez-vous en quelques lignes et présentez brièvement vos écrits auto-édités ou non.

Erika : Je suis une jeune femme de vingt-sept ans qui réside dans la région bordelaise et qui s’est officiellement lancée dans l’écriture l’an dernier. Bien qu’un peu cliché, j’écris depuis très longtemps. Je suis amoureuse des mots et de notre langue depuis l’enfance, et j’ai toujours eu beaucoup de choses à raconter, beaucoup de sujets que je voulais aborder. Lectrice aux goûts éclectiques, je le suis également en tant qu’auteure. Ainsi, mes livres n’ont rien à voir les uns avec les autres et je m’essaie à différents genres. Mon premier est un roman contemporain qui aborde le sujet tabou de l’inceste consenti tandis que mon second dépeint une histoire d’amour actuelle qui se veut simple et rafraîchissante. Quant à mes prochains écrits, je touche à l’érotisme et à la littérature gay. Une sorte de pot-pourri de la littérature ?

Audrey : J’ai toujours du mal avec cette question, ce n’est jamais simple de se décrire mais je vais essayer. Alors pour commencer je me nomme Audrey et je vais avoir 25 ans. Je suis une grande fan de livres depuis plus de 10 ans et je peux lire entre 10 et 15 livres chaque mois que je présente sur mon blog et ma chaîne Youtube. La passion des livres fait partie de moi, c’est donc naturellement que j’en suis venue à écrire mon premier livre Vampyre mais pas trop tome 1 A fleur de sang. Avec cette histoire j’avais envie de faire partager ma version des vampires contemporains tout en gardant un aspect très mystérieux et majestueux avec le côté royauté de mon histoire.

Questions générales – Autour de l’auto-édition

 

L’auto-édition était-elle un choix au départ de vos démarches de publication ?

Erika : J’ai choisi de m’auto-publier mais ce n’était pas un choix stratégique lié à un manque d’envie de passer par la méthode plus traditionnelle. Je ne comptais pas vraiment diffuser mon livre, au début. Je l’ai écrit pour moi-même et pour des amies qui aiment me lire. Une fois achevé, j’ai souhaité l’imprimer pour en conserver une copie dans ma propre bibliothèque et le proposer à mes proches. Finalement, je me suis laissée entraîner dans le processus de création et par les retours positifs, et j’ai fini par réellement le proposer en vente. Alors, oui, c’était un choix mais ce n’était pas parce que je préférais cette méthode. Disons que c’est arrivé comme ça.

Audrey : Une fois mon histoire presque achevée je me suis bien évidemment demandé si j’allais la publier et surtout comment. Pour ma part j’ai la chance de connaître les deux côtés (la maison d’édition et l’auto-publication) grâce à mes rencontres avec mon blog de lecture. En discutant de mon projet j’ai tout de suite été confrontée aux aspects négatifs de céder mes droits, c’est à dire l’attente très longue après confirmation pour être publiée mais aussi au changement de mon livre, je n’avais pas de droit de regard sur la couverture, la police d’écriture… Je me suis donc tournée très vite et surtout naturellement vers l’auto-publication car cela me semblait un choix judicieux au moins pour commencer.

Avez-vous d’abord présenté vos écrits à des maisons d’édition ? Quels ont été les retours ?

cover1Erika : Je l’ai fait après m’être moi-même publiée, mais sans grande conviction. Non pas parce que je ne me sens pas à la hauteur, mais parce qu’il m’a semblé qu’aucune ligne éditoriale n’était adaptée à mon premier roman. Le sujet que j’ai choisi d’aborder et la manière simple et ouverte dont je l’ai traité sont assez uniques. Quand on parle d’inceste, on s’attend à une histoire tragique, torturée, on ne s’attend clairement pas à mon roman ‘Pardon’. Je vois ce premier livre comme un ovni et je ne l’imaginais chez aucune maison d’édition. Je l’ai quand même envoyé à certains et comme je m’y attendais les retours ont été négatifs. J’ai eu un retour positif de la part des éditions Vérone mais après discussion avec une auteure publiée via le « circuit traditionnel », j’ai préféré refuser car leurs conditions ne me convenaient pas. Par ailleurs, mon livre marchait mieux que je ne l’espérais, sans maison d’édition, je n’avais donc pas de raison de changer mes méthodes.

Pour mon second, je l’ai envoyé à deux ou trois maisons d’édition connues qui publient de la romance. Je n’ai pas encore eu de retours. Je pense que celui-ci a plus de chance d’être accepté mais j’ignore s’il le sera, surtout que je l’ai déjà publié et que beaucoup refusent les projets déjà parus. Les maisons d’édition reçoivent beaucoup de manuscrits de type romance contemporaine et certaines sont même obligées d’arrêter la réception tant il y en a. Ajoutons à ça ceux qui demandent à ce que le manuscrit soit envoyé par courrier (je reste partagée sur ce point, pour le moment je refuse d’envoyer chez eux, mon côté écolo, sûrement…) cela laisse finalement peu de choix.

Audrey : J’ai effectivement présenté mon livre à des maisons d’éditions au tout début et pour celles dont j’ai eu le retour, le souci majeur était que ma saga n’était pas terminée d’écrire ou sinon il y avait des choses à changer.

(En cas de retour négatifs des maisons d’édition) Pourquoi ne pas avoir persévéré et avoir choisi l’auto-édition dans ce cas ? Est-ce un peu une forme d’échec ?

Erika : Considérant que je me suis moi-même publiée avant de leur envoyer, je ne suis qu’à moitié concernée par cette question. Je suppose que les avis divergeront sur ce point. Personnellement, je ne considère pas qu’un refus est un échec, certains ont bien refusé de publier Harry Potter ! (Je ne me compare pas à J.K. Rowling, loin de là.) Je me dis qu’il y a différents facteurs. Cela peut être parce que je ne suis pas assez talentueuse, parce que je suis tombée sur un mauvais public, parce que l’idée de base n’est pas assez originale, parce que mon livre n’entre pas dans la ligne éditoriale de la maison, parce que ce n’était simplement pas le bon moment…

J’accorde plus d’importance à ce que mes lecteurs disent qu’à ce qu’une seule personne (ou quelques unes) d’une maison d’édition pense, même si c’est un professionnel. Attention, je ne dis pas que son avis n’a pas d’importance, au contraire ! J’adorerais avoir l’opinion de personnes du métier, mais ils n’ont malheureusement pas le temps d’expliquer leur refus à toutes les personnes qui soumettent un manuscrit. Je dis juste que cela ne veut pas nécessairement dire que le livre est mauvais et je ne vois absolument pas ça comme un échec.

Audrey : Je ne le vis pas du tout comme une forme d’échec au contraire après presque un an avec ce statut j’ai vraiment l’impression qu’il me correspond. Cela rejoint la raison pour lesquelles je n’ai pas continué de chercher de maison d’édition car je me suis rendu compte que je n’arrivais pas à trouver LA maison d’édition avec laquelle j’arriverai à m’entendre correctement sur mon livre et sa publication ainsi que sur l’accompagnement de l’auteur.

(En cas de retours positifs OU de choix de départ) Pourquoi avoir préféré l’auto-édition dans ce cas ?

Erika : Du coup, je suis aussi à moitié concernée par cette question. Je n’ai pas choisi l’autoédition parce que je voulais absolument m’auto-publier, comme je l’ai dit plus haut, je l’ai fait parce que je voulais des copies physiques de mon roman pour mes proches et moi-même. Et à présent je fais les deux, je passe par l’auto-édition tout en envoyant aux maisons d’édition. Je n’en préfère pas un à l’autre, il y a des avantages et des inconvénients aux deux.

Audrey : Je n’ai pas eu de réel retour positif juste des retours me disant que cela serai revu une fois ma saga entièrement écrite mais du coup j’ai préféré me tourner vers l’auto-édition où là j’ai pu décider du titre de ma saga mais aussi la couverture. Cela m’a aussi permis de faire travailler des gens de ma ville, je gère aussi la pub, la communication comme je le souhaite et je suis libre de participer ou non à un événement avec mon livre. C’est une forme de liberté qui me plaît vraiment.

Êtes-vous satisfaits de l’auto-édition ? Quels sont les avantages et les inconvénients que vous avez pu observer sur ce mode d’édition en le vivant ?

Erika : Totalement. Je pensais au début que c’était l’option des rejetés, je ne vais pas le nier, mais maintenant je comprends pourquoi certains choisissent de passer par l’auto-édition et ne veulent pas être publiés autrement. En s’auto-publiant, l’auteur jouit d’une liberté non négligeable. Personne ne lui impose de modifier son texte, il écrit comme il l’entend, structure son texte à sa convenance, participe à la création de sa couverture et décide du rendu final. En d’autres mots, l’auteur est maître du projet de A à Z. Mais si c’est un avantage pour moi qui suis entourée de personnes compétentes prêtes à m’aider gratuitement (correctrice, dessinatrice, graphiste, modèle…) cela peut aussi être un problème quand on est seul pour tout gérer et qu’on n’a pas les compétences nécessaires. Le visuel d’un livre est important puisque c’est la première image pour le lecteur et je sais que je ne suis pas la seule lectrice qui accorde énormément d’importance à la couverture. Quand on ne sait ni se servir de photoshop ni utiliser des crayons ou un appareil photo, il est très difficile de faire quelque chose d’attractif. Mais pas seulement, il y a aussi la correction. On peut avoir un bon niveau de français sans pour autant être irréprochable et il est donc presque obligatoire que quelqu’un nous relise et nous corrige. Comment faire quand personne ne peut nous aider et qu’on manque de moyen pour faire appel à un professionnel ? Le problème ne se pose pas quand on est publié par une maison d’édition puisqu’une équipe normalement compétente nous entoure. Mais personnellement, je trouve que la plus grande difficulté rencontrée avec l’autoédition c’est la promotion.

L’auteur doit faire le travail de la maison d’édition. Faire parler de lui, organiser des concours, demander à participer à des événements littéraires, écrire aux libraires pour peut-être voir son livre dans leurs rayons… (Attention, je ne dis pas que les auteurs publiés ne le font pas, juste qu’ils ont déjà une certaine visibilité grâce à leur maison d’édition.) J’apprends tout cela au fil des jours et même si je trouve ça très intéressant, je ne suis pas sûre d’être douée pour faire ma propre promotion. Par ailleurs, le temps que je passe à me promouvoir est du temps en moins passé à écrire. Cela ne me dérange pas, j’aime les deux faces du métier d’auteur indépendant, mais je pense que c’est l’inconvénient de l’auto-édition. Le manque de visibilité qui oblige l’auteur à être un peu multifonctions.

vampyre-mais-pas-trop-871028-264-432Audrey : Globalement je suis assez satisfaite de l’auto-édition, les avantages principaux pour moi c’est vraiment la liberté de décision pour mes écrits et tout ce qu’il y a autour. En inconvénients je dirai que malheureusement il y a des gens qui profitent de ce système et ternissent l’image. Mais sinon je dirai aussi que forcément comme nous sommes livrés à nous même pour tout, il faut savoir gérer énormément de chose. Que ce soit pour la mise en page, la couverture, la publication mais aussi tout le cadre légal qui encadre la sortie d’un livre papier. Le plus gros inconvénient c’est surtout le fait que nous n’avons pas accès au diffuseur/distributeur. Il faut
donc trouver d’autres moyens pour vendre et faire connaître son livre. Ce sont des choses qu’il faut savoir avant de se lancer dans l’auto-publication papier bien évidemment.

Votre prochain écrit, vous le voyez forcément auto-édité ou hésitez-vous (ou hésiterez-vous) à l’envoyer à des maisons d’édition ?

Erika : Comme les précédents, il sera auto-édité mais je l’enverrai aussi à des maisons d’édition. S’il est retenu, j’aviserai à ce moment. J’ignore ce que je ferais si une maison d’édition était intéressée par un de mes manuscrits.

Audrey : Je n’hésite pas du tout parce qu’il s’agit de mon tome 2 donc c’est moi qui ferai la publication. Après si un jour une occasion qui me convient se présente je ne suis pas réfractaire au faite de vendre les droits de certains de mes écrits. Mais de moi-même je publierai mes écrits sans les envoyer en maison d’édition.

Que reprochez-vous aux maisons d’édition classiques ?

Erika : Je n’ai jamais travaillé avec elles alors je peux difficilement leur reprocher quoi que ce soit en tant qu’auteure. En tant que lectrice, j’aurais certaines choses à dire au sujet de certaines maisons d’édition, mais c’est une autre discussion.

Audrey : Je ne leur reproche rien de particulier car les inconvénients sont différents en fonction des maisons d’éditions que l’on approche mais j’ai l’impression que cela fait un petit moment qu’elles n’osent pas prendre de risque et publient des choses dont elles sont sûres que cela va marcher. Avec certaines grosses maisons d’éditions le livre devient vraiment une valeur commerciale et plus culturelle.

Ne pensez-vous pas que la concurrence chez les auto-édités est bien plus grande que chez les édités classiques ?

Erika : Si, vraiment. Les édités classiques sont nombreux mais la sélection est dure et cela limite donc le nombre de publiés. Par contre, n’importe qui peut s’auto-éditer, le marché est donc saturé et c’est très difficile de se faire une place. D’autant qu’à cause de cette facilité de publication, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous et certaines déceptions empêchent les lecteurs de se frotter de nouveau à l’auto-édition, fermant les portes à d’autres.

Audrey : Je n’ai pas vraiment l’impression, peut-être aussi parce que pour moi je ne trouve pas que je suis en concurrence avec qui que ce soit. Chaque écrit est fondamentalement différent. Nous sommes collègue mais pas concurrent. Après bien évidemment que je me rend compte qu’il y a énormément de livres qui sortent notamment en auto-édition comme il n’y a pas de filtre mais je ne sais pas si au final il y a plus de concurrence dans cette branche. Si c’est le cas je ne m’en rends pas compte.

Le nombre de livres auto-édités est absolument faramineux et, aujourd’hui, n’importe qui peut publier n’importe quoi. Comment inciterez-vous des réfractaires à ce phénomène à ouvrir l’un de vos livres ?

Erika : En discutant avec eux, tout simplement. Pas forcément de mes livres, de choses variées. Je pense que la qualité d’un style dépend déjà de la personne qui se cache derrière la plume. En découvrant mes idées, mes pensées, ma vision du monde, ma façon de m’exprimer et même ma personnalité, les lecteurs peuvent avoir une première idée de ce que j’ai à proposer. Cela sera vague mais ce sera déjà un bon début. Un exemple tout simple. Si je discute avec une personne qui fait une faute à chaque phrase, je n’ouvrirai jamais son livre (sauf si elle me dit qu’on corrige ses textes). On me jugera peut-être cruelle mais j’ai une faible tolérance aux fautes d’orthographe dans les livres. (Et non, je ne suis pas parfaite moi-même.) Je suis ce type de lectrice, je ne peux pas me refaire. Certains préféreront une histoire passionnante bourrée de fautes, moi je choisirais un récit plat dans un français quasi parfait.

Tout ça pour dire qu’un simple échange peut vous en dire beaucoup sur la qualité du travail de l’auteur. Cette interview, par exemple, elle ne me dévoile pas en tant que personne, mais elle montre certaines de mes idées et certains de mes goûts, permettant ainsi à ceux qui la liront d’avoir un petit aperçu de ce qui les attend. Enfin, pour inciter les gens à découvrir mes livres, j’ai choisi de les proposer gratuitement en version numérique. Le format papier est payant, de toute évidence, mais le format numérique est gratuit et le lecteur n’a pas a débourser un centime pour le lire. C’est peut-être un mauvais choix qui me fait perdre de l’argent, mais cela m’aide à me faire connaître et à gagner des lecteurs. Et puis, de nos jours, tout est disponible en téléchargement illégal alors je ne suis pas vraiment sûre d’y perdre au change.

Audrey : J’ai rarement ce problème quand je suis en dédicace car au final ils ne font même pas attention au fait que je suis ma propre éditrice. Mais sinon pour les gens que ça peut gêner je dirais déjà de prendre le temps de regarder la qualité du livre (la couverture, le résumé…), ne pas hésiter à livre les extraits disponibles pour se rendre compte si l’écriture de l’auteur convient mais aussi que s’ils ne tentent pas ils ne peuvent pas gagner et qu’il y a de grand auteur qui on commencé en étant en auto-édition. Le fait que nous soyons en auto-édition ce n’est pas parce que aucune maison d’édition n’a voulu de notre livre, cela peut être un choix délibéré.

Le fait que le marché est complètement noyé sous la masse de publication (ça vaut aussi pour les édités classiques), vous trouvez ça bien ou pas ?

Erika : Présenté comme ça, non, évidemment. Cela rend invisibles des auteurs qui gagneraient à être plus connus, mais d’une certaine façon, je trouve ça bien que chacun puisse tenter sa chance. L’écriture est vraiment libératoire et je comprends que de nombreuses personnes se lancent dedans et veuillent ensuite tenter de se faire connaître.

Audrey : C’est vrai qu’il sort de plus en plus de livres. Personnellement en étant une très grande lectrice je trouve cela vraiment bien car on peut toujours trouver un livre qui va nous plaire mais ce que je déplore c’est que comme il y a toujours un nombre impressionnant qui sort, beaucoup de monde passent à côté de bons livres qui ne sont pas forcément mis en avant par les éditeurs ou les libraires.

Toujours sur cette masse que constitue l’auto-édition, ne pensez-vous pas que c’est un marché qui ne permet pas d’obtenir une vraie notoriété et un public large ?

Erika : Effectivement, peu d’auteurs auto-édités se démarquent réellement. Il y a tellement de choix qu’il faut vraiment créer le coup de cœur pour « fidéliser » le lecteur, et c’est compliqué. Après, c’est un problème seulement si on veut absolument être très connu. Dans le cas contraire, avoir une petite communauté qui nous soutient est déjà très satisfaisant.

Audrey : Je pense qu’effectivement avec l’auto-édition nous touchons un autre public que celui qui se déplace en librairie mais après avec internet nous arrivons à être lu par les mêmes personnes qui lisent les livres de maison d’éditions. Après pour obtenir une vraie notoriété je ne sais pas du tout, moi j’ai la chance de pouvoir faire des dédicaces même en étant avec ce statut et de toucher un large public.

Comment vos proches ont-ils réagi à cette auto-édition ? Ont-ils eu des à priori ?

couvertureErika : De ce que j’en sais, mes amis n’ont aucun à priori sur l’auto-édition et trouvent que c’est une bonne manière de publier ses livres facilement et à moindre coût. Du côté de ma famille, je pense qu’être publiée par une maison d’édition serait pour eux un gage de qualité. Le métier d’auteur, comme tous les métiers artistiques, est difficile car on ne sait pas ce qu’on gagnera. De base, le bénéfice rapporté par la vente d’un livre est si bas que mes proches écarquillent les yeux quand je leur annonce le montant, alors quand en plus il n’y a pas le soutien d’une maison d’édition pour nous aider à vendre, la tâche est encore plus compliquée. En ce point, je pense que ma famille aurait une préférence pour la méthode classique. Pour autant, mes proches sont tout simplement fiers que j’écrive des livres, qu’importe comment je les publie.

Audrey : La majorité de mes proches ne comprennent pas la différence entre les deux et encore moins le monde de l’édition donc pour ceux-là j’ai sorti un livre, oui c’est bien. En revanche pour ma famille proche et mes amis qui m’ont suivi dans cette démarche, au départ ils étaient prudents sur ce statut ainsi que sur la sortie de mon premier livre mais maintenant que plusieurs ont passé ils comprennent mon choix.

L’auto-édition est très souvent synonyme de « numérique uniquement ». Je fais moi-même partie des gens complètement réfractaires au numérique. Pour vous est-ce une vraie barrière ou un faux problème ?

Erika : Je vous avoue que j’ignorais qu’on pensait « auto-édition = numérique ». Je lis principalement des livres étrangers qui ont été auto-publiés et ce sont toujours des formats papier. Du coup je ne saurais quoi répondre. Pour moi, l’auto-édition c’est du numérique et du papier. J’ai une préférence pour le papier car je suis collectionneuse mais je ne suis pas contre le numérique, très pratique à transporter quand on part en vacances et qu’on ne veut pas porter dix livres ou prendre le risque de les abîmer.

Audrey : Pour ma part je ne me suis même pas posé la question pour la sortie de mon livre c’était une sortie papier et numérique. Aujourd’hui on ne peut pas sortir un livre, notamment dans le fantastique, sans passer par le numérique aussi. En revanche je tenais et je tiens énormément au format papier. Je comprends que pour les gens qui veulent vraiment sortir leur livre, mais sans invertir, le format numérique est une bonne chose mais après pour toucher plus de monde et se développer le format papier est, je pense, indispensable.

Même si des auto-édités peuvent être meilleurs que des édités, que pensez-vous de la qualité du marché de l’auto-édition dans son ensemble ?

Erika : Je n’ai pas lu assez d’auto-édités (francophones) pour en parler. Je me disais d’ailleurs récemment que je devrais découvrir au moins un livre auto-édité par mois, pour soutenir mes camarades, mais je n’ai pas encore commencé. J’ai lu quelques auto-édités et malheureusement, peu ont réussi à me satisfaire du côté francophones donc j’ai eu du mal à continuer. C’est pour cela que je comprends ceux qui refusent de lire des auto-édités, s’ils ont été déçus, ils n’ont sûrement plus envie de prendre le risque. Par contre je lis beaucoup d’auto-édité anglais et américains, et ils sont excellents. Je ne peux donc pas vous donner un avis sur la qualité du marché de l’auto-édition en France mais j’aurais beaucoup de bien à dire sur celui de l’étranger.

Audrey : Dans son ensemble j’ai l’impression que cela est assez bon depuis quelque temps même si je regrette que certaines personnes en profitent pour ne pas respecter les lois sur l’édition et ternir l’image de l’auto-édition. Mais je sais que nous pouvons trouver des pépites dans l’autoédition, il faut juste prendre le temps de bien découvrir ce monde.

Quelle est la plus grosse difficulté à laquelle vous a confronté l’auto-édition ? (Couverture, correction / mise en page, promotion …).

Erika : La promotion, définitivement la promotion. Je ne sais pas me mettre en avant, je refuse catégoriquement d’envoyer des mails aux blogueurs pour proposer mon livre en échange d’une chronique car je déteste qu’on le fasse avec moi (je suis aussi blogueuse) et j’ai toujours l’impression de me vanter quand je dis quelque chose de bien à mon sujet. Je suis le genre de personne qui se sent bien dans l’ombre, et faire ma promotion est donc très difficile. Mais j’ai la chance de connaître quelques blogueuses littéraires influentes qui ont accepté de me lire et j’ai doublement de la chance car elles ont apprécié mes livres et en ont dit beaucoup de bien. C’est à elles que je dois mes lecteurs.

Audrey : Avant de me lancer dans l’auto-édition j’avais déjà fait énormément de recherches et de démarches à tel point que j’avais déjà la personne pour faire ma couverture et tout le graphisme ainsi que l’imprimeur et j’avais même une la chance de voir un avocat pour les questions juridiques. Pour moi la plus grosse difficulté à laquelle j’ai été confronté c’est la distribution directe du livre hors achat internet. Mais je dois dire que c’est globalement la seule.

Maintenant que vous avez obtenu une notoriété et une « fan-base » (de la plus modeste à la plus vaste) via l’auto-édition, n’avez-vous pas envie de renvoyer vos manuscrits à des maisons d’édition ?

Erika : Je le fais déjà. Je n’essaierai pas de renvoyer un manuscrit déjà envoyé, la qualité n’a pas changé d’un mois à l’autre, mais je continue à envoyer chaque nouveau livre. On ne sait jamais ce qui en ressortira.

Audrey : Bizarrement le fait d’avoir une « fan-base », même si je n’ai pas l’impression d’en avoir une réellement, me donne encore plus envie de m’investir dans mes écrits en auto-édition et cela ne donne pas envie de chercher de moi-même une maison d’édition en revanche si l’occasion se présente je prendrais le temps de réfléchir à cela.

En conclusion, pour vous l’auto-édition c’est bien mais

Erika : Pas pour tout le monde.

Audrey : En conclusion, oui, l’auto-édition est vraiment bien pour moi mais je vais faire évoluer ce statut car une réédition papier de mon livre va sortir durant l’été avec un nom de maison d’édition, cela aide dans les démarches mais je reste la seule décisionnaire de la publication de mon livre ce qui est pour le moment le principal.

Questions personnalisées !

 

erika boyerErika –

Lors de nos échanges récents pour l’élaboration de cette interview, vous m’avez dit que vous aviez déjà été sur notre site et qu’il vous plaisait. Non, je n’ai pas de question là-dessus, je voulais juste … comment on dit déjà ? Ah oui ! 10 points pour Gryffondor !

J’ai encore un doute quant à ma maison (Gryffondor ou Serdaigle ?) mais je prends les 10 points avec plaisir !

Vous dites sur votre blog que vous assez cessé toute activité professionnelle pour vous consacrer à l’écriture. N’est-ce pas un pari très risqué sans avoir de maison d’édition « d’accroche » derrière vous ?

Pour être honnête, pas vraiment. Je suis une personne très prévoyante, je n’ai pas vraiment le goût du risque et de ce fait, je n’aurais jamais tout misé sur ma capacité à vivre de mes livres. (D’autant que je ne suis pas connue pour ma confiance en moi…) J’ai pu me permettre de tout arrêter car les revenus de mon conjoint combinés à nos choix de vie simples et peu coûteux font que nous vivons très bien sans que j’ai à travailler. Ainsi, pas de pari risqué pour moi !

Cela veut-il dire que vous dégagez des revenus suffisants avec vos livres ?

En aucun cas. Je ne sais même pas combien je dégage, tout ce que je sais, c’est que je réinvestis presque l’intégralité dans des concours variés visant à faire découvrir mon travail. Comme je l’ai dit plus haut, le problème de l’auto-édition c’est la difficulté à se faire connaître.

audrey lardyAudrey –

Sur votre site, j’ai regardé les points de vente où vos livres sont disponibles. J’ai été surpris de voir seulement quelques points de vente locaux. Comment faites-vous pour promouvoir vos livres auprès des points de vente ?

Avant la sortie de mon livre j’ai fait le tour des commerces susceptibles de pouvoir l’accepter en venant avec une fiche récapitulative (résumé, titre, nombre de tome, public visé…) . Ce qu’il faut savoir c’est que la plupart des commerces acceptent un dépôt-vente de produit moyennant un pourcentage sur la vente du livre. Puis le jour de sa sortie je vais dans les magasins pour leur présenter le livre papier en expliquant pourquoi je suis en auto-édition et aussi que je suis une auteure de la région. Cela me permet d’être disponible dans les librairies autour de chez moi mais aussi dans Cultura, espace culturel Leclerc … mais ce qu’il ne faut pas hésiter à faire c’est demander d’organiser des dédicaces. Moi j’ai fait une dédicace dans chaque endroit où mon livre est disponible cela permet de faire mieux connaître le livre et surtout de communiquer à son sujet avec les gens.

Est-ce particulièrement compliqué ou est-ce que les boutiques sont plutôt ouvertes ?

C’est très aléatoire certains libraires sont hypers enthousiastes et d’autres totalement réfractaires. Mais ce qui est très intéressant c’est que ce sont en général ce sont les grandes enseignes qui sont le plus enclin à m’aider et à m’accueillir que certaines librairies. Après de part chez moi je dois dire que globalement cela c’est très bien passé, il y a juste deux librairies qui m’ont refusée, une car je n’ai pas de maison d’édition connu et l’autre parce que je ne correspond pas aux genres littéraires qu’ils souhaitent dans leur boutique. Une anecdote à nous raconter sur ce sujet ? Les personnes que je rencontre en dédicace y vont toujours de leurs petits commentaires sur la couleur de mes cheveux en me faisant bien remarquer que j’irai bien avec les vampires de mon livre… C’est toujours très amusant.

Merci infiniment à toutes les deux pour vos réponses vraiment intéressantes !

Si vous souhaitez retrouver ces auteures, voici le lien vers leurs sites d’auteures et leurs réseaux sociaux :

Site internet : www.erikaboyer.com
Facebook : www.facebook.com/erikaboyerauteur
Twitter : www.twitter.com/eb_auteur

Site internet : http://www.audreylardyauteur.fr/
Facebook : https://www.facebook.com/audreylardyauteur/
Twitter : https://twitter.com/vampyrelecture

Sideara
Moi c'est Fabien, 26 ans ! J'ai toujours eu une imagination débordante et un caractère extrêmement lunatique, aussi l'écriture et la lecture se sont imposées à moi très facilement. Passionné de Fantasy notamment (et surtout de magie), ainsi que de thrillers et de polars, je m'ouvre petit à petit à la science-fiction et au reste. Mes livres préférés font souvent partie de l'univers de la Fantasy, et sont pour la plupart dotés d'univers très étoffés, et très bien intégrés au récit. Achetant d'innombrables livres, je suis complètement envahi et mes bibliothèques ne tiennent plus sous le poids des romans, d'autant que je suis un inconditionnel du grand format ! Dans les librairies, je suis toujours à chercher dans un recoin sombre le livre caché qui m'attirera, et je suis très peu attiré par les "grands auteurs". Dans tous les cas, il y aura toujours de la place pour des livres chez moi !

7 Commentaires

  1. Bonjour par ici !

    Pour commencer, merci pour cette interview (je me répète, je sais) à laquelle j’ai pris vraiment plaisir à répondre.
    Ensuite, depuis celle-ci, il y a eu du changement concernant mon second manuscrit. Une maison d’édition m’a proposé un contrat mais c’était pour une version numérique exclusivement qui m’aurait obligée à cesser la production de mon format papier. Comme cela ne me convenait pas j’ai refusé même si j’aime beaucoup cette ME. En me relisant je me suis dit que ça serait sympa de te le dire.

    Je suis contente d’avoir découvert Audrey. Je pense que je me laisserai tenter par le premier tome de sa saga dès que j’aurais lu les deux autres auto-édités que je me suis promis de lire prochainement. Et je vais suivre ses pas et prendre mon courage à deux mains pour aller proposer mon livre à des magasins, directement. (Par courrier, on nous zappe un peu.) Déjà, à la fin de l’année, je serai dans le Cultura de Bordeaux-Bègles, en vente et en dédicace (c’est la première fois que je l’annonce, je l’ai su hier haha) et j’espère avoir d’autres occasions comme ça pour rencontrer de potentiels lecteurs.

    Je m’arrête là avec un dernier merci !

    Répondre
    • Sideara

      Salut !

      Merci à toi d’avoir participé et offert à nos lecteurs un point de vue très intéressant. Justement, en regardant les réponses de tout le monde (il ne reste que 2 ou 3 auteurs n’éyant pas encore répondu), je m’aperçois que tous vos profils sont différents, et c’est une énorme richesse, à la fois pour cette série d’articles, mais aussi pour l’auto-édition !

      Merci pour l’info sur la ME ! C’est dommage qu’elle soit réfractaire au format papier :(

      Merci pour Audrey (en espérant qu’elle verra ton commentaire !), et n’hésite pas à monter un peu plus haut, du côté de Niort ou de la Vendée, je viendrai te voir en dédicace avec grand plaisir !

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      • C’était un vrai plaisir de participer, sincèrement. Les questions poussaient à la réflexion et j’ai adoré ça !
        Effectivement rien qu’entre Audrey et moi je vois quelques petites différences et c’est sympa de voir son avis sur chaque point. Il me tarde de lire les autres.

        En fait elle n’est pas réfractaire au format papier mais je pense que cette collection exclusivement numérique leur permet de tester certains auteurs ou simplement de se faire un peu d’argent sans en dépenser trop. En gros, rien de risqué. Je peux comprendre ce choix mais du coup ça ne me convient pas, tout simplement parce que j’ai pas mal de lecteurs qui veulent du papier (et je les comprends ^^)

        Niort / la Vendée sont un peu loin pour moi à moins d’être sûre d’avoir des lecteurs à rencontrer sur place et d’organiser un truc avec eux, sinon ça serait avec plaisir !

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        • Sideara

          Nos interview « classiques » sont très souvent louées par les auteurs eux-mêmes, et j’ai donné ce que j’ai pu pour essayer de garder le cap. Ravi que ce soit le cas !

          Oui, je peux comprendre que la ME souhaite limiter les risques au départ. Après c’est un choix pour l’auteur :)

          Oui c’est vrai que c’est loin, mais je disais ça comme ça :) Si c’est possible ça serait cool évidemment !

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  2. Coucou

    Merci pour cet article. Je suis très heureuse d’avoir eu la chance de participer à cela et aussi de partager l’article avec Erika, vous avez bien associés les auteurs :)

    Oui Erika n’hésite pas à prendre ton courage à deux mains et propose ton livre au boutique physique cela ne coûte rien et tu peux avoir de bonne surprise. En tout cas je te le souhaite.

    Merci une fois encore pour m’avoir permis de vivre cet expérience.

    Audrey

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    • Je me suis justement fait la réflexion que l’association était plutôt cool, tu as l’air d’être toi aussi un sacré personnage (c’est positif, pour moi) et ça me fait plaisir d’avoir partagé cet article avec toi ^^

      Je pense que je vais faire ça. J’ai toujours peur de déranger les gens alors c’est très dur pour moi mais bon, il faut que je tente. J’ai déjà eu un super retour du Cultura de chez moi, ce sont des gens vraiment sympathiques et du coup j’ai hâte d’arriver à l’événement. Bref, merci d’avoir partagé ton expérience, ça va m’aider !

      (J’ai eu un petit bug, pardon si le commentaire se poste deux fois…)

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