Être Auto-Édité #4 – Stéphane Arnier / Dana B. Chalys

Être Auto-Édité

Bonjour et bienvenue dans ce quatrième numéro de « Être Auto-Édité » !

Deux nouveaux auteurs. Oui, vous avez bien lu ! Il y a au moins un homme ici !

Deux nouveaux auteurs donc, qui livrent leur ressenti sur l’auto-édition !

Aujourd’hui, place à Stéphane Arnier et Dana B. Chalys !

Être Auto-Édité

Décrivez-vous en quelques lignes et présentez brièvement vos écrits auto-édités ou non.

Stéphane : Je m’appelle Stéphane Arnier, je suis auteur indépendant de fantasy. Ma première publication auto-éditée a été une nouvelle, lauréate d’un concours en 2014. À ce jour, j’ai publié à titre personnel deux romans (série « Mémoires du Grand Automne ») et deux nouvelles. Trois de ces quatre textes ont remporté des concours d’écriture, dont le Prix Fantasy des Booktubers pour « Le vent de Line » début 2016. Deux autres de mes nouvelles ont aussi été publiées dans des recueils : un récit de fantasy dans l’IndéPanda N°3 (magazine auto-édité des auteurs indépendants), un autre de SF dans l’anthologie « Nice Parallèles » (éditée par l’association Nice Fictions).

Dana : Bonjour !
Je suis Dana B. Chalys, romancière hybride (publiée en maison d’édition et en auto-édition) de l’Imaginaire. J’ai à ce jour 11 titres en auto-édition et 3 en maison d’édition. Je publie aussi bien en numérique qu’en papier.
J’ai un faible pour le Fantastique et surtout pour l’Aventure avec un peu de romance de temps en temps. J’utilise beaucoup de personnages LGB car je défends la diversité, aussi bien dans la vraie vie que dans la littérature.

Questions générales – Autour de l’auto-édition

 

L’auto-édition était-elle un choix au départ de vos démarches de publication ?

Stéphane : Oui. C’est une excellente école d’apprentissage de l’écriture, mais aussi de tout le système éditorial. Tous les auteurs débutants devraient commencer par là.

Dana : L’auto-édition est un choix de départ que j’ai fait, en premier lieu, pour mes novellas de Fantasy Sighild et Eivind. En 2012, ce n’était pas évident pour un éditeur de publier ce format et puis, encouragée par des auteurs de feu Lecture Street, j’ai sauté le pas de l’auto-édition. Et je ne l’ai jamais quitté.

choix-gargouille-dana-b-chalysAvez-vous d’abord présenté vos écrits à des maisons d’édition ? Quels ont été les retours ?

Stéphane : Non. À ce jour, seuls deux éditeurs ont lu mon premier roman : l’un parce qu’il était jury du concours « Osez la publication » (que j’ai remporté en 2015) ; l’autre m’a contacté de lui-même et m’a demandé à le lire parce qu’il avait aimé ma nouvelle « Le vent de Line » (Prix Fantasy des Booktubers en 2015/2016). Leurs retours ont été très encourageants pour la suite.

Dana : La soumission à des ME a été faite après mes premières publications en AE, pour des titres inédits tels que mon roman « Le Choix de la Gargouille » (publié aux feu éditions Valentina) et ma trilogie « Des proies pour l’ombre » (publiée aux éditions Flammèche).
Jusqu’à présent, je ne publiais en AE et en premier choix que des nouvelles et des novellas et gardais les romans pour soumissions aux ME. Aujourd’hui, je me dirige de plus en plus vers la full AE.

(En cas de retours positifs OU de choix de départ) Pourquoi avoir préféré l’auto-édition dans ce cas ?

Stéphane : Parce que j’avais conscience d’avoir beaucoup à apprendre, et que je trouve très prétentieux de vouloir être édité dès son premier roman. Cela existe, bien sûr, mais ce sont des exceptions. Je voulais d’abord me mettre à l’épreuve, faire mes armes tout seul, mieux comprendre le monde de l’édition, aguerrir mon écriture, afin de me présenter plus tard à des éditeurs avec de vraies choses à proposer. On ne part pas à la chasse au dragon sans entraînement ni préparation.

Dana : J’aime la liberté qu’offre l’AE et le défi que représente la publication d’un livre de A à Z. Et puis je gagne plus en AE qu’en ME (presque 6 fois plus sur l’année 2016).

Êtes-vous satisfaits de l’auto-édition ? Quels sont les avantages et les inconvénients que vous avez pu observer sur ce mode d’édition en le vivant ?

Stéphane : Je suis très satisfait de l’autoédition. C’est un système qui a les avantages de ses défauts : vous êtes très libre, et vous pouvez faire ce que vous voulez ; en contrepartie, vous devez vous débrouiller et tout faire tout seul. Si vous n’êtes pas trop fainéant, c’est un excellent moyen de découvrir le monde de l’édition. Par contre, comme vous n’êtes pas accompagné, il faut un minimum de discipline et une grosse motivation. Je crois aussi qu’il faut disposer d’une bonne dose de lucidité pour ne pas trop se perdre. Mais au moins, vous pouvez assez rapidement mettre vos écrits à disposition du public et vous confronter à des lecteurs : ça, ça n’a pas de prix.
Et puis, il ne faut pas oublier que l’autoédition s’adresse AUSSI à plein de gens qui n’ont aucune envie de faire carrière : l’écrivain du dimanche qui veut juste diffuser ses écrits pour le plaisir, le passionné qui veut s’exprimer sur ses hobbies, l’association littéraire qui veut récompenser ses membres en publiant le travail de l’année en cours, etc. L’autoédition offre des possibilités qui n’existaient tout simplement pas avant.

Dana : J’en suis très satisfaite particulièrement parce que je peux gérer ma communication et mes partenariats comme bon me semble sans attendre une hypothétique validation d’un éditeur pour faire telle ou telle chose. L’autre avantage est le % de droit d’auteur plus élevé en AE qu’en ME car on supprime pas mal d’intermédiaires de la chaîne du livre.
Les gros inconvénients de l’AE sont le manque de visibilité et le manque de crédibilité dont souffre encore ce mode d’édition aux yeux du grand public, bien que les mentalités évoluent en bien doucement, notamment grâce à l’implication et à la mobilisation de certain.e.s blogueurs/euses (#JeudiAutoEdition créé par le blog Au bazaar des livres, création du mouvement « Je lis des auto-édités » par le blog L’évasion littéraire, le groupe Le Canapé des Indés, le prix des Auteurs inconnus ouvert aux auto-édités, etc.)

Votre prochain écrit, vous le voyez forcément auto-édité ou hésitez-vous (ou hésiterez-vous) à l’envoyer à des maisons d’édition ?

Stéphane : Les tomes 3 et 4 de ma série en cours seront forcément auto-édités. C’est un challenge personnel depuis le début, une histoire que je tiens à mener à bien de A jusqu’à Z en autoédition, comme un voyage initiatique de fantasy. Comme j’ai d’excellents retours et que ça fonctionne très bien, ça ne pourrait être que bénéfique de travailler ensuite sur d’autres textes avec un éditeur, afin d’améliorer mon écriture : ce sera peut-être pour le projet suivant. On verra d’ici là, j’en ai encore au moins pour deux ans avant de terminer ma série actuelle. Je ne suis pas du genre impatient.

Dana : À court et moyen terme, je vois mes prochains écrits en AE. Cependant j’ai un projet qui, si je parviens à l’écrire, sera soumis à des maisons d’édition. Et si une ME venait à s’intéresser à l’un de mes projets en AE, je ne fermerai pas la discussion, bien au contraire.

Que reprochez-vous aux maisons d’édition classiques ?

Stéphane : Absolument rien. Ce sont deux voies distinctes. Quand on a un peu d’expérience et de bagages, je pense que le choix est réel, et dépend de l’auteur, de sa vision de son travail, de ses objectifs personnels. Dans l’édition traditionnelle, j’avoue être un peu gêné à l’idée de céder mes droits (surtout sur de si longues périodes). Mais un bon éditeur peut tellement apporter au texte ! Un auteur qui débute a une grosse marge de progression tout seul. Mais à un certain niveau, s’il souhaite passer un cap dans son écriture, je pense qu’il n’a pas vraiment (à ce jour) d’autres alternatives que de se trouver un éditeur. Cela évoluera peut-être. Les lignes bougent.
Il faut juste bien saisir les différences : quand je discute avec d’autres auteurs, je vois que ce n’est pas toujours très clair chez tout le monde, en particulier parce que beaucoup de personnes ne connaissent pas vraiment le métier de l’éditeur traditionnel. C’est un job très mal compris.

Dana : Il me semble important ici de faire une distinction entre les grandes ME et les petites/micro.

Les grandes maisons d’édition traditionnelles sont des entreprises qui ont des charges et des salaires à payer et qui veulent faire des bénéfices, raison pour laquelle elles publient en priorité ce qui fonctionne au détriment, parfois, de la diversité et de l’originalité. Même si c’est regrettable, je ne le leur reproche pas mais cela a pour conséquence de fermer la porte à pas mal d’auteurs, notamment des « mauvais genres » (Science-fiction, Fantasy, Fantastique, Horreur) à moins que l’auteur ait déjà fait ses preuves ailleurs. Sans compter que les ME tradi ne peuvent simplement pas publier tout le monde, c’est impossible alors il leur faut faire des choix, de préférence bankables.

Les petites/micros éditions tentent de concilier les réalités financières expliquées plus haut, les moyens techniques et la diversité/l’originalité. Elles sont généralement montées par des passionnés qui ont a cœur de découvrir de nouveaux auteurs et de les révéler. Mais, limitées par leur manque de moyens, ces structures offrent généralement une faible distribution aux œuvres et une faible visibilité aux auteurs. À titre personnel, je m’en sors mieux en AE qu’en ME.
Malgré tout, elles peuvent servir de tremplin à certains auteurs qui auront ainsi l’opportunité de signer dans de plus grandes ME (comme Samantha Bailly (de Mille Saisons à Bragelonne puis à Hachette), Sophie Jomain (de Rebelle à Pygmalion et J’ai Lu) ou Céline Mancellon (de Sharon Kena à Milady/Bragelonne), entre autres).

Ce n’est pas un reproche envers les ME qui m’a poussée vers l’AE mais une envie réellement personnelle de publier des livres à mon image. Chaque mode d’édition a ses avantages et ses inconvénients, c’est à chacun de choisir en fonction de ses affinités, ses envies et ses attentes.

Ne pensez-vous pas que la concurrence chez les auto-édités est bien plus grande que chez les édités classiques ?Couv_MGA_tome1_ebook

Stéphane : Premièrement, la grande majorité des lecteurs ne savent pas ce qu’est l’autoédition, et ne savent pas faire la différence entre un livre auto-édité ou pas. Ce distinguo n’existe donc que dans la tête des auteurs eux-mêmes ou des gens du milieu : sur le marché, tous les auteurs sont dans le même bateau.

Secondement, la notion même de concurrence en littérature n’a aucun sens : elle n’existe pas. Si vous êtes fabricant de voitures, il y a concurrence : chaque personne n’achète qu’une voiture à la fois, et la garde des années avant d’en changer ; si quelqu’un achète la voiture de votre concurrent, il n’achète pas la vôtre. En littérature, ce n’est pas vrai : les lecteurs consomment énormément de livres sur une année. Un lecteur qui fait face à trois livres qui lui font très envie ne va pas choisir, il va acheter les trois. Soit votre livre donne envie d’être lu, soit il ne donne pas envie. Point. Les autres auteurs n’ont rien à voir dans l’histoire.

Dana : En termes de sorties elle l’est forcément puisque n’importe qui peut publier en auto-édition. En revanche, en termes qualitatifs, là, la concurrence se réduit, bien que l’AE se professionnalise de plus en plus.

Le nombre de livres auto-édités est absolument faramineux et, aujourd’hui, n’importe qui peut publier n’importe quoi. Comment inciterez-vous des réfractaires à ce phénomène à ouvrir l’un de vos livres ?

Stéphane : Je ne le fais pas. En fait, jusqu’ici, la question ne s’est jamais posée en ces termes. Aucun lecteur potentiel ou effectif ne m’a jamais demandé de justifier de mon auto-édition. Mes livres ont de belles couvertures, les gens lisent le synopsis. Ils voient que plusieurs de mes livres sont lauréats de concours. Encore une fois : il n’y a que les gens « du milieu » qui font le distinguo (et encore, j’ai dû faire retoucher une chronique d’une blogueuse, un jour, parce qu’elle me présentait comme édité : elle était stupéfaite quand je l’ai assurée du contraire). Le grand public s’en moque. Si votre livre lui fait envie, il l’achète, c’est tout.

Dana : Un réfractaire ne changera d’avis que s’il en a envie, sinon c’est peine perdue de tenter de le convaincre. Vous pourrez lui présenter le livre AE le plus pro du monde sans qu’il soit convaincu pour autant.
Pour inciter un lecteur à se pencher sur mes livres, cela passe par plusieurs choses : soigner la couverture, soigner le résumé, faire en sorte qu’il reste le minimum de fautes dans le texte et m’assurer (grâce à 5 ou 6 phases de corrections) que l’histoire est cohérente et crédible. J’essaie également de soigner ma communication, de faire des Service de Presse et de proposer des extraits gratuits pour donner un aperçu aux lecteurs de ce qu’ils trouveront dans mes livres.
Ma façon d’inciter les gens à lire mes livres, c’est de les respecter. Quant à savoir s’ils aimeront ou non l’histoire, c’est une question de goût et ça, ça ne se discute pas (et ça se respecte aussi).

Le fait que le marché est complètement noyé sous la masse de publication (ça vaut aussi pour les édités classiques), vous trouvez ça bien ou pas ?

Stéphane : Toute forme de liberté, je trouve ça bien (même s’il y a un revers à la médaille). L’autoédition permet à tout le monde d’écrire et de faire lire : c’est bien. Cela multiplie le choix des lecteurs : c’est bien aussi. Que ce soit devenu une vraie jungle dans laquelle il est difficile de s’y retrouver ? C’est vrai, c’est un problème… mais qu’on ne pourrait régler qu’en remettant des barrières : le serpent qui se mord la queue. J’aime autant que les portes soient ouvertes.

Dana : Ce n’est pas spécialement bien mais ce n’est pas foncièrement mauvais non plus.
Plus il y a de publications plus les livres sont noyés dans la masse et plus le travail pour les en faire sortir est conséquent et laborieux. C’est indéniable.
Mais d’un autre côté, ça signifie aussi qu’à notre époque tout le monde a sa chance et la tente. Plus besoin de faire partie d’une élite pour prétendre au succès, il est également accessible à des personnes qui, sans l’auto-édition, n’auraient certainement jamais eu la reconnaissance qu’ils ont aujourd’hui (je pense notamment à Agnès Martin-Lugand).

Toujours sur cette masse que constitue l’auto-édition, ne pensez-vous pas que c’est un marché qui ne permet pas d’obtenir une vraie notoriété et un public large ?

Stéphane : Il y a déjà eu de nombreux cas qui prouvent que c’est un préjugé sans fondement. D’abord à l’étranger (« Cinquante nuances de Grey » est issu de l’autoédition), puis en France (les exemples les plus connus sont probablement Agnès Martin-Lugand et Aurélie Valognes, ou plus récemment Jana Rouze ou Laure Manel).
Premièrement, je répète que le grand public ne fait pas la différence. Secondement, parce que ceux qui font la différence (comme les éditeurs, la presse, les blogueurs) s’intéressent à vous dès que le public plébiscite votre œuvre. Plusieurs auto-édités ont vendu des dizaines de milliers d’exemplaires (voire plus) : évidemment ils sont rares, mais cela existe.
Et puis, il faut arrêter d’idéaliser la vie des auteurs traditionnels : à force de ne parler que des best-sellers, le grand public oublie que, pour une très large majorité, les auteurs traditionnels ne vendent presque rien, et ne gagnent presque rien. En France, quelques pour cent d’auteurs traditionnels vivent de leurs plumes. La notoriété ? Le large public ? C’est de toute façon extrêmement difficile à atteindre. Je ne pense pas que le mode d’édition soit déterminant dans ce cheminement.

Dana : Obtenir une vraie notoriété et un public large en AE devient de plus en plus possible grâce à la professionnalisation de certains auteurs AE et au soutien des lecteurs qui font marcher (voire courir) le bouche à oreille.
Notez qu’une donnée importante peut biaiser cette information : un auteur qui fonctionne en AE termine assez vite dans une grande ME qui restent aux aguets, même sur Wattpad.

je-me-noie-dana-b-chalysComment vos proches ont-ils réagi à cette auto-édition ? Ont-ils eu des à priori ?

Stéphane : J’ai souvent (et plusieurs fois) expliqué ce que c’était autour de moi. Peu ont vraiment compris, je pense, la différence entre édition traditionnelle et autoédition. Donc, non, pas d’à priori là-dessus. C’est plus sur la vocation en elle-même : tout le monde sait que seuls quelques rares élus vivent de leur plume en France. Quand vous dites que vous vous lancez dans l’écriture, les gens sourient d’un air crispé : « mais c’est génial ça ! » *serrent les dents*

Dana : Mes proches ont très bien accueilli la nouvelle et me soutiennent tous les jours. Que je sois publiée en AE ou en ME ne change rien à leurs yeux.

L’auto-édition est très souvent synonyme de « numérique uniquement ». Je fais moi-même partie des gens complètement réfractaires au numérique. Pour vous est-ce une vraie barrière ou un faux problème ?

Stéphane : Difficile de répondre : je publie systématiquement dans les deux formats (j’ai même débuté en papier uniquement). Je lis moi-même dans les deux formats à parts égales (j’adore ma liseuse qui a de nombreux avantages, mais j’aime le papier et possède une imposante bibliothèque). Je pense qu’un auteur se ferme une grande partie du lectorat à ne publier qu’en numérique… mais c’est son choix. Comme, justement, c’est un choix, et que chacun peut faire comme il veut, c’est un faux problème.

Dana : Je pencherais plus pour le faux problème.
À l’heure actuelle, il est très facile pour un auteur en AE de proposer des versions papier de ses romans grâce à l’impression à la demande (via par exemple Amazon, Lulu, TheBookEdition ou Bookelis). Il existe des templates gratuits pour les maquettes intérieures des livres et nombre de tutoriels et de conseils pour aider à passer du web au print. Le numérique est le format sur lequel les auteurs AE font en général le plus de ventes, mais le papier n’est pas à négliger pour autant, notamment pour les salons et les séances de dédicaces.

Même si des auto-édités peuvent être meilleurs que des édités, que pensez-vous de la qualité du marché de l’auto-édition dans son ensemble ?

Stéphane : Le niveau littéraire en autoédition est très (très) bas. Ce n’est pas une critique : c’est normal. Il ne peut pas en être autrement. D’un côté, l’édition traditionnelle opère une sélection drastique, avec peu de publications en rapport du nombre de manuscrits soumis ; de l’autre, l’autoédition publie tout sans aucun filtre : évidemment que la qualité moyenne n’a rien à voir ! Certains se vexent quand je tiens ce discours, mais ça me semble pourtant d’une logique imparable. Et comme c’est une publication de masse, elle répond à une répartition en loi normale : on a le pire, on a aussi le meilleur. Et une très vaste majorité moyenne. C’est juste que cette moyenne est très en dessous de la moyenne de l’édition traditionnelle (encore une fois : pas d’offense, c’est juste normal). Cela ne signifie pas pour autant que vous aimerez forcément un livre traditionnel, ou détesterez automatiquement un livre auto-édité.

Dana : Dans son ensemble la qualité est très inégale avec plus de mauvais que de bon mais, comme dit plus haut, le niveau monte petit à petit grâce aux auteurs auto-édités qui abordent ce monde de manière de plus en plus professionnelle. Comme tous les débuts, ceux de l’AE ont été approximatifs, mais la bête se laisse apprivoiser et offrira, au fur et à mesure, de plus en plus d’œuvres soignées. Le temps fera le tri entre les auteurs éphémères et les carriéristes.

Quelle est la plus grosse difficulté à laquelle vous a confronté l’auto-édition ? (Couverture, correction / mise en page, promotion …).marque-des-cinq-dana-b-chalys

Stéphane : La plus grosse difficulté, c’est d’écrire un bon livre (rires). Tout le reste, ce n’est que du détail, qu’il ne faut surtout pas négliger, mais qui s’apprend sur le tas avec un peu d’huile de coude (il y a de plus en plus d’aides, de blogs, de tutos, d’ouvrages sur ces points-là). C’est parfois un peu technique, et donc un peu galère, mais ça n’est jamais aussi complexe ni aussi long que de rédiger un bon récit. Et sans l’aide d’un éditeur pour le peaufiner, transformer un bon premier jet en un roman bien abouti, c’est certainement le plus gros défi de l’auto-édité.

Dana : Je fais moi-même ma mise en page et mes couvertures ainsi que ma promotion, mes services de presse, mon dépôt légal et toutes les démarches administratives. Au niveau des corrections, j’ai la chance d’avoir des bêta-lectrices permanentes qui me font suer sang et eau ! Même si ça peut être épuisant de devoir tout gérer seule (j’avoue apprécier énormément lorsque l’éditeur s’occuper de tout), c’est super gratifiant d’arriver au bout.
Le plus dur pour moi reste d’augmenter ma visibilité. En tant qu’AE la distribution papier se résume à la vente par internet puisque je ne peux pas forcément me permettre de céder 25 à 30% du prix HT de mes livres aux libraires (dans l’hypothèse où ils acceptent les auto-édités).
Faire des salons n’est pas évident non plus, surtout s’ils sont loin et qu’ils sont en plus payants.

Maintenant que vous avez obtenu une notoriété et une « fan-base » (de la plus modeste à la plus vaste) via l’auto-édition, n’avez-vous pas envie de renvoyer vos manuscrits à des maisons d’édition ?

Stéphane : Renvoyer des manuscrits déjà publiés ? Non : je considère qu’il faut aller de l’avant. Envoyer de futurs écrits, je le ferai sans doute. Mais je ne compte pas envoyer mes romans déjà auto-édités à des éditeurs traditionnels. Je considère l’autoédition comme une édition à part entière : ces livres-là sont terminés, ils vivent désormais leur vie, et c’est très bien comme ça.

Dana : Renvoyer mes manuscrits auto-édités à des ME ? Non. Je préfère leur soumettre des récits inédits. Lorsque je termine un roman, je sais d’emblée si je le destine à l’AE ou aux ME.

En conclusion, pour vous l’auto-édition c’est bien mais

Stéphane : Pourquoi « mais ? »
C’est bien, tout court. C’est une voie alternative à l’édition traditionnelle : pas une « sous-voie », une « autre » voie. Différente. Pour les auteurs, il s’agit d’un choix à faire, selon leurs objectifs et ambitions. On peut passer d’une voie à l’autre (cela se voit régulièrement, et dans les deux sens), ou arpenter les deux à la fois pour des ouvrages différents (les auteurs dits « hybrides » se multiplient). Pour les lecteurs, peu à peu la notion se diffuse, et c’est toujours bien qu’un consommateur soit informé de ce qu’il achète. C’est encore tout récent, un peu chaotique. Cela va se stabiliser avec le temps. Tout le monde passe son temps à opposer les deux modes d’édition, mais il n’y aura pas de marche arrière, et il me semble évident que les deux vont cohabiter très, très longtemps. Autant s’y faire.

Dana : Mais il faut être assez patient, persévèrent et passionné pour démonter les mauvaises idées reçues pièce par pièce. C’est en continuant d’écrire qu’on prouvera notre valeur.

Questions personnalisées !

sarnier_officielStéphane –

J’ai été attiré, sur votre site, par les notes que vos livres ont reçu sur les différents réseaux (Amazon, Livraddict, Babelio). Il me semble que de tous les participants, vous êtes le seul à indiquer ces fameuses notes, et j’ai très vite compris pourquoi quand j’ai vu les moyennes.
Vos livres possèdent des moyennes excellentes (voire au-dessus de ça) et des critiques argumentées.
Comment réagi t-on dans ce cas-là ? Avez-vous finalement le sentiment d’avoir écrit quelque chose de vraiment bon, ou avez-vous un regard toujours très critique, voire négatif, sur vos œuvres ?

On sort d’une période électorale : je ne pense pas avoir besoin d’expliquer le concept de taux d’abstention. Mes notes sont certes excellentes, mais ne sont pas nombreuses en comparaison du nombre de lecteurs. C’est un peu comme avoir été élu avec 95% de taux d’abstention : mes livres ont recueilli les suffrages, j’en suis très content, mais je reste très lucide sur le fait que bien peu de gens se sont exprimés jusqu’ici.
Depuis que mon tome 2 est paru, je dispose d’un indicateur plus pertinent : je peux estimer le pourcentage de gens qui mettent la main à la poche pour acheter le second volume après avoir lu le premier. C’est bien plus parlant, car aujourd’hui les lecteurs ne se forcent plus à finir un livre qu’ils n’aiment pas ou à suivre une série à laquelle ils n’accrochent pas.
Je n’ai écrit que deux romans à ce jour. J’en suis satisfait : ils étaient ce que j’étais capable de faire de mieux, à l’époque où je les ai rédigés. Les gens les aiment. C’est super. Mais la marge de progression reste, à mon sens, gigantesque. Avant d’arriver à la moitié de la cheville de mes auteurs de fantasy préférés, il y a encore du boulot. C’est un peu comme en musique : plus on apprend, et plus on réalise ce qu’il nous reste à apprendre… et plus on comprend que le chemin n’a pas de fin. Autant dire qu’il ne faut pas avoir hâte d’arriver.

 

dana-b-chalys-213x300Dana –

Vous faites partie des quelques-uns sans question personnalisée, nous vous laissons quelques lignes pour nous dire ce que vous voulez !

Je profite de cet article pour remercier toutes les personnes qui donnent de leur temps pour montrer que l’auto-édition a aussi ses bons romans. Que vous soyez blogueur/euse ou simple lecteur/trice qui parlez des auteurs auto-édités autour de vous, merci !

 

 

 

 

 

Merci infiniment à tous les deux pour vos réponses vraiment intéressantes !

 

Si vous souhaitez retrouver ces auteures, voici le lien vers leurs sites d’auteurs et leurs réseaux sociaux :

Site internet : https://arnierblog.wordpress.com/
Facebook : https://goo.gl/wufjtE
Twitter : https://twitter.com/s_arnier

Site internet : http://danabchalys.fr/
Facebook : https://www.facebook.com/dana.b.chalys
Twitter : https://twitter.com/DBChalys

 

Sideara
Moi c'est Fabien, 26 ans ! J'ai toujours eu une imagination débordante et un caractère extrêmement lunatique, aussi l'écriture et la lecture se sont imposées à moi très facilement. Passionné de Fantasy notamment (et surtout de magie), ainsi que de thrillers et de polars, je m'ouvre petit à petit à la science-fiction et au reste. Mes livres préférés font souvent partie de l'univers de la Fantasy, et sont pour la plupart dotés d'univers très étoffés, et très bien intégrés au récit. Achetant d'innombrables livres, je suis complètement envahi et mes bibliothèques ne tiennent plus sous le poids des romans, d'autant que je suis un inconditionnel du grand format ! Dans les librairies, je suis toujours à chercher dans un recoin sombre le livre caché qui m'attirera, et je suis très peu attiré par les "grands auteurs". Dans tous les cas, il y aura toujours de la place pour des livres chez moi !

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