Être Auto-Édité #5 – Beth Greene / Rose P. Katell

Être Auto-Édité

Bonjour et bienvenue dans ce cinquième numéro de « Être Auto-Édité » !

Encore une fois, deux nouvelles auteures qui nous apportent leurs réponses et leurs expériences à ce questionnaire dans cet avant dernier numéro autour de l’auto-édition !

Aujourd’hui place à Beth Greene et Rose – Katell !

Être Auto-Édité

Décrivez-vous en quelques lignes et présentez brièvement vos écrits auto-édités ou non.

Beth : Je m’appelle Beth Greene (qui est un pseudo) et j’écris depuis mon enfance. Passionnée de paranormal, de films d’horreur et de littérature SFFF. Je suis une grande fan de Lovecraft et King. J’ai 33 ans, je suis angevine depuis quelques années et travaille dans la communication.

J’ai publié mon premier roman « Tueuses de l’Ombre » aux Éditions du Net et 4 nouvelles sur Books on Demand. Il s’agit d’histoires fantastiques où l’extraordinaire et l’horreur font basculer la vie des personnages. Je revendique des histoires sans stéréotypes (j’essaie) et d’inspiration lovecraftienne.

Rose : Bonjour ! Que dire sur moi ? J’écris sous le pseudonyme Rose P. Katell depuis 2014, date à laquelle j’ai auto-publié mon premier roman, « la Pierre d’Azur ». Je me consacre essentiellement aux genres de l’imaginaire, mais j’aime aussi rédiger des contes. Lectrice assidue, il est rare que je passe une journée sans lire.
Jusqu’à présent, j’ai publié 5 livres à mon compte : « La Pierre d’Azur », un fantasy jeunesse ; « Au temps où les fées dansaient », un recueil de contes ; « Les Chroniques de Khalitekla », un fantasy et « La Malédiction d’Ariane », un fantastique urbain destiné à un public jeune adulte.

Questions générales – Autour de l’auto-édition

 

L’auto-édition était-elle un choix au départ de vos démarches de publication ?

Beth : Pas du tout, je ne connaissais pas ce mode de publication. J’ai présenté mon roman à la Journée francophone du manuscrit qui est un gros appel à texte et qui permet d’être publié aux Editions du Net.

Rose : Tout à fait.

couv69681793Avez-vous d’abord présenté vos écrits à des maisons d’édition ? Quels ont été les retours ?

Beth : J’avais envoyé un recueil de nouvelles à des maisons d’éditions mais c’était compliqué d’en trouver qui accepte et le genre horreur et les nouvelles. Je n’ai eu que des réponses négatives (sans explication détaillée du refus) ou aucune réponse.

Rose : Je n’ai jamais envoyé aucun manuscrit, non.

(En cas de retour négatifs des maisons d’édition) Pourquoi ne pas avoir persévéré et avoir choisi l’auto-édition dans ce cas ? Est-ce un peu une forme d’échec ?

Beth : Envoyer des manuscrits papier coûte affreusement cher et les temps de réponse sont très très longs. C’est pourquoi, après les refus pour mes nouvelles, j’ai sauté sur l’occasion pour mon roman. J’ai choisi ensuite de publier des nouvelles en ligne car ça me semblait un meilleur outil. Pour moi c’est un peu un échec dans le sens où je considère toujours la publication par une maison d’éditions comme quelque chose prestigieux. Je continuerai d’essayer pour mon second roman.

Êtes-vous satisfaits de l’auto-édition ? Quels sont les avantages et les inconvénients que vous avez pu observer sur ce mode d’édition en le vivant ?

Beth : L’avantage est la publication rapide mais j’ai aussi découvert une univers sur Internet, avec beaucoup d’auteurs auto-édités qui partagent leur expérience, forment un réseau. Les inconvénients sont le temps et l’énergie qu’il faut ensuite consacrer à se faire connaître et les échecs que l’on peut aussi essuyer. Je rajouterai aussi que n’importe qui pouvant être auto-édité, on peu arriver à une profusion de livres de plus ou moins bonnes qualités, il manque peut-être le regard d’un éditeur professionnel. A la fin on est certes publié mais comment se démarquer ?

Rose : J’en suis globalement très satisfaite. L’autoédition m’a permis de vaincre ma timidité, de me lancer de nombreux défis, d’apprendre beaucoup de choses, de rencontrer des auteurs, blogueurs et illustrateurs adorables, etc.

À mes yeux, les avantages sont la liberté et l’indépendance que ce mode d’édition apporte, la proximité avec les lecteurs (j’ai souvent constaté que la plupart d’entre eux trouvent ça moins intimidant d’échanger avec un auteur du web ou auto-édité), le fait d’apprendre en continu et de pouvoir un peu toucher à tout, gérer toutes les étapes de son livre, de l’écriture à l’impression (qu’on choisisse ou non de faire appel à un correcteur, un illustrateur, un maquettiste, etc.), le fait de conserver l’entièreté de ses droits sur ses écrits et j’en oublie sans doute !

Quant aux inconvénients, je dirais qu’il s’agit de la difficulté de faire la promotion de ses ouvrages ainsi que les idées reçues et la mauvaise réputation qu’a parfois l’auto-édition qui peuvent nous porter préjudice.

Votre prochain écrit, vous le voyez forcément auto-édité ou hésitez-vous (ou hésiterez-vous) à l’envoyer à des maisons d’édition ?

Beth : J’essaierai de nouveau les maisons d’éditions en m’appuyant sur l’expérience de mon premier roman. Pour les nouvelles, je pense rester en édition en ligne.

Rose : Pour l’instant, je visualise tous mes écrits en cours auto-édités lorsqu’ils seront finis. Mais il n’est pas dit qu’un jour, l’un d’entre eux ne me poussera pas à tenter un envoi en maison d’édition. Je ne suis fermée à aucune éventualité.

Que reprochez-vous aux maisons d’édition classiques ?

Beth : Je pense qu’elles sont rongées par le marketing et l’entre-soi. Quand on voit certains livres sans aucun intérêt autre que de rapporter de l’argent, c’est très frustrant.

Rose : Absolument rien, j’en aime même beaucoup. Je fais partie de ceux et celles qui pensent que l’auto-édition et l’édition classique sont complémentaires et non « rivales ».

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Ne pensez-vous pas que la concurrence chez les auto-édités est bien plus grande que chez les édités classiques ?

Beth : Comme dit plus haut, je découvre cette concurrence mais je ne sais pas si elle est plus importante que dans l’édition classique. Le fait est qu’on a pas tous les moyens de se démarquer, nous ne partons pas égaux.

Rose : Je ne le crois pas, non. La concurrence sévit partout, dans n’importe quel milieu, et je ne pense pas qu’il y ait de différences à ce niveau entre les auto-édités et les édités classiques.

Pour ma part, j’ai la chance de n’avoir eu que de bonnes expériences. J’ai à plusieurs reprises pu constater la sympathie et la bonne foi des auteurs auto-édités et édités avec qui je suis entrée en contact.

Le nombre de livres auto-édités est absolument faramineux et, aujourd’hui, n’importe qui peut publier n’importe quoi. Comment inciterez-vous des réfractaires à ce phénomène à ouvrir l’un de vos livres ?

Beth : Comme pour n’importe quel autre livre : mettre en avant l’histoire, la qualité d’écriture…

Rose : J’ai pour principe de ne pas courir après les lecteurs. Je préfère savoir que ceux qui me suivent aujourd’hui sont là parce qu’ils ont eu envie, à un moment ou un autre, de découvrir mon travail, plutôt que grâce à une quelconque incitation ou argument que j’aurais pu leur fournir pour les convaincre.
Je publie une petite histoire en ligne et gratuitement sur plusieurs plateformes une fois tous les deux mois. Je préfère laisser parler mes écrits d’eux-mêmes.

Le fait que le marché est complètement noyé sous la masse de publication (ça vaut aussi pour les édités classiques), vous trouvez ça bien ou pas ?

Beth : D’un côté je trouve que c’est beaucoup trop. De l’autre, je me dis que l’auto-édition permet à tout le monde de publier ; certains auteurs pourtant bons se voyant refuser l’entrée dans l’édition classique. Je suis assez partagée.

Rose : Il me serait difficile de dire que je trouve ça bien, car forcément, plus une œuvre est noyée dans une masse et plus cette masse est importante, plus il est difficile de la mettre en avant.
Cependant, je suppose également que plus il y a de choix, et plus le lecteur a de chances de trouver chaussure à son pied (à condition qu’il aime fouiller).

Toujours sur cette masse que constitue l’auto-édition, ne pensez-vous pas que c’est un marché qui ne permet pas d’obtenir une vraie notoriété et un public large ?

Beth : La médiatisation permise par les maisons d’édition ne peut pas être atteinte par un plan commercial que l’on se monte soi-même, surtout si on a pas les codes. Je pense que c’est très difficile d’acquérir une notoriété dans l’auto-édition.

Rose : Pas forcément, non. Il suffit de faire le parallèle avec l’édition classique. Chaque année, la rentrée littéraire constitue une masse de livres plus qu’importante et pourtant, certains d’entre eux sortent du lot et se font une place. Je pense sincèrement que si un livre est bon, il trouvera son public.

Comment vos proches ont-ils réagi à cette auto-édition ? Ont-ils eu des à priori ?

Beth : Aucun, personne ne connaissant ce mode de publication. Par contre, il faut expliquer le système, bien préciser qu’on est pas chez Gallimard, expliquer que oui, on a envoyé notre manuscrit aux maisons d’éditions classiques, etc.

Rose : Dès que j’ai annoncé mon intention de faire imprimer mon premier livre, j’ai été soutenue et encouragée, autant par mes amis que par ma famille proche. J’ai la chance d’être entourée de personnes qui croient en moi.

L’auto-édition est très souvent synonyme de « numérique uniquement ». Je fais moi-même partie des gens complètement réfractaires au numérique. Pour vous est-ce une vraie barrière ou un faux problème ?

Beth : Bien que je préfère le livre papier, l’objet, je peux très bien me servir d’une liseuse. Le format est certes différent mais si cela permet de démocratiser encore plus la lecture alors pourquoi pas ? Par exemple, je trouve que le numérique est excellent pour les nouvelles ou les romans courts. De petites histoires peuvent ainsi être publiées, lues, partagées sans avoir à attendre un recueil papier. Il faut voir le papier et le numérique comme deux formes complémentaires.

Rose : Je suis un peu mal placée pour répondre à cette question, car j’envisage tout juste une version numérique pour mes romans en plus de la version imprimée. J’ai en effet directement auto-publié mes romans au format physique car, même si je lis du numérique, j’ai une préférence pour les livres matériels.

Pour autant, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un frein. Tout comme il existe des personnes qui n’aiment pas lire au format numérique, il en existe qui, elles, préfèrent lire ainsi. Chaque support possède son public.
Et après tout, si un auteur constate que certains lecteurs sont réfractaires au numérique et aimeraient posséder une version papier de son livre, rien ne l’empêche de la créer, n’est-ce pas ?

couv4781461Même si des auto-édités peuvent être meilleurs que des édités, que pensez-vous de la qualité du marché de l’auto-édition dans son ensemble ?

Beth : Ayant découvert ce monde là tardivement, je n’ai pas eu l’occasion de m’en faire une idée ; je suis encore très consommatrice de livres papier issues de maisons d’éditions classiques.

Rose : Voilà une question bien difficile. Il est simple de juger chaque livre, mais pas de donner une appréciation globale. Je suis sûre que si je demande à n’importe quel lecteur de me dire ce qu’il a pensé de ses lectures dans leur ensemble, il aura du mal à me répondre, car il en aura apprécié certaines, détesté d’autres, survolé quelques-unes et dévoré des tas d’autres.
Mon expérience avec l’autoédition est tout à fait semblable.

Le fait que tout un chacun puisse publier ce qu’il veut quand il veut amène il est vrai des ouvrages de qualités médiocres et très médiocres sur ce marché. Toutefois, la plupart d’entre eux sont plutôt simples à repérer pour le lecteur (couverture bâclée, résumé bancal et truffé de fautes, etc.). Ils ne peuvent même pas être véritablement qualifiés de livres et, à mes yeux, ne représentent pas l’auto-édition et ses auteurs, qui sont toujours en quête de professionnalisation.
Quant aux ouvrages qui ont été travaillés et retravaillés par leurs auteurs et l’un ou l’autre prestataire extérieur, je suppose que les avis de leurs lecteurs parlent pour eux.

Quelle est la plus grosse difficulté à laquelle vous a confronté l’auto-édition ? (Couverture, correction / mise en page, promotion …).

Beth : Un peu tout ça !
La couverture, déjà : elle a un rôle très important dans la décision d’achat : c’est ce qui attire l’œil, ce qui fait qu’on va prendre ou non le livre dans ses mains. Comment trouver une image ? Demander à un illustrateur ? Piquer un truc sur Internet ?
Les corrections aussi sont compliquées car on a beau relire et faire relire, quand ce n’est pas notre métier, qu’on a pas les astuces, les bases, on laisse passer des choses. Je sais qu’il y a encore des coquilles dans mes écrits publiés.
Et puis la promotion, j’en parle dans mes réponses précédentes, c’est le plus compliqué. Pour ma part, je me suis lancée dans les relations presse, les réseaux sociaux, les assos locales. Ce n’était pas compliqué de me lancer car la communication c’est mon métier. Au final, j’ai tout de même réussi à être en contact avec ImaJn’ère, une asso angevine qui m’a permis d’être présente à leur salon et d’intégrer leur émission radio !


Rose :
Il s’agit clairement de la promotion. D’un point de vue professionnel, je n’avais jamais été confrontée de près ou de loin au marketing et il m’a fallu tout un temps pour m’habituer aux efforts et à la polyvalence que cela demandait, pour apprendre à bien utiliser chaque réseau social, etc.

Maintenant que vous avez obtenu une notoriété et une « fan-base » (de la plus modeste à la plus vaste) via l’auto-édition, n’avez-vous pas envie de renvoyer vos manuscrits à des maisons d’édition ?

Beth : Mon second roman en cours d’écriture est la suite du premier. Je renverrai le manuscrit à des maisons d’éditions en appuyant ma « candidature » sur mon parcours en auto-édition.

Rose : Pas pour l’instant. Comme dit plus haut, j’envisage pour le moment d’auto-éditer tous mes écrits en cours. Je suis satisfaite de ce que j’ai et réalise.

En conclusion, pour vous l’auto-édition c’est bien mais

Beth : Il faut savoir dans quoi on se lance, car après avoir écrit un livre, il faut repartir au combat pour se faire connaître, c’est une seconde aventure. Il faut être rigoureux et prendre beaucoup de temps pour partager son livre.

Rose : Je suis tentée de terminer cette phrase avant le « mais ». Lorsque je repense à mon expérience et à tout ce que l’auto-édition m’a apporté et continue à m’apporter, eh bien les quelques inconvénients que j’ai cités s’effacent aussitôt. Je ne regrette rien de ma décision.

Questions personnalisées !

 

RoseRose –

Étant belge, que pensez-vous du marché de l’auto-édition ? Est-il aussi riche en Belgique qu’en France ?

Je vous avoue que lorsque je recherche une nouvelle lecture, j’ai plus tendance à me concentrer sur le livre en lui-même que sur la nationalité de son auteur. Je n’y fais pour ainsi dire jamais attention et j’ai donc du mal à répondre à cette question.
Toutefois, l’édition classique belge ne manque pas de richesses, je suppose donc qu’il en est de même pour le marché de l’auto-édition.

On peut voir une vraie évolution entre la couverture de votre premier écrit, et celle du dernier en date. Pouvez-vous nous expliquer votre approche à ce niveau-là ?

Bien sûr !
Pour tout vous dire, lorsque j’ai décidé de faire imprimer mon premier livre, je suis partie de rien, avec zéro moyen. Mes parents m’ont d’ailleurs soutenue en avançant l’achat des premiers exemplaires pour que je puisse me lancer.
Il n’est donc pas difficile d’imaginer que je n’avais pas de quoi financer un illustrateur pour la couverture. Mais par chance, une amie dessinatrice a proposé de m’aider et a accepté d’être payée avec un petit pourcentage sur mes ventes. Malgré son emploi du temps chargé, elle a ainsi réalisé les couvertures de mes trois premiers livres.
Maintenant, grâce à mes ventes, je possède plus de moyens et pour mes deux derniers ouvrages, j’ai donc pu professionnaliser mes démarches et faire appel à deux illustratrices professionnelles — ce qui, vu l’emploi du temps de mon amie, nous arrangeait toutes les deux.

 

 

bethBeth –

Vous faites partie des quelques-uns sans question personnalisée, nous vous laissons quelques lignes pour nous dire ce que vous voulez !

Pour compléter, je voudrai dire que j’essaie d’avoir un véritable démarche militante quand j’écris : éviter les stéréotypes, inclure des minorités, ne pas tomber dans les clichés tant au niveau de l’écriture (par exemple éviter de décrire systématiquement les femmes via leur physique et les hommes via leur caractère) que dans la construction de personnages.

 

 

 

Merci infiniment à toutes les deux pour vos réponses vraiment intéressantes !

 

Si vous souhaitez retrouver ces auteures, voici le lien vers leurs sites d’auteurs et leurs réseaux sociaux :

Facebook : https://www.facebook.com/MsBethGreene/
Twitter : https://twitter.com/Ms_BethGreene

Site internet : http://rose-p-katell.eklablog.com
Facebook : https://www.facebook.com/Rose.P.Katell
Twitter : https://twitter.com/Rose_P_Katell

Ysyhteha
Jeune maman de bientôt 32 ans, j'ai toujours adoré lire depuis toute petite. Car étant très timide, c'est vers eux que je trouvais refuge. Passé l'école primaire, je me suis un peu détourné des livres pendant une année avant de retrouver cette passion en cinquième grâce à mon professeur de Français (merci à elle) Depuis je ne cesse de vouloir remplir mes bibliothèques de nouveau livre que je pourrais relire à volonté. (Mme Bovary est mon préféré) Maintenant, je lis de super histoires à ma fille et lui donne ma passion de lire.

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