2084 : la fin du monde – Boualem Sansal

Dystopie

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« Si d’aucuns avaient pensé qu’avec le temps et le mûrissement des civilisations les langues s’allongeraient, gagneraient en signification et en syllabes, voilà tout le contraire : elles avaient raccourci, rapetissé, s’étaient réduites à des collections d’onomatopées et d’exclamations, au demeurant peu fournies, qui sonnaient comme cris et râles primitifs, ce qui ne permettait aucunement de développer des pensées complexes et d’accéder par ce chemin à des univers supérieurs. À la fin des fins régnera le silence et il pèsera lourd, il portera tout le poids des choses disparues depuis le début du monde et celui encore plus lourd des choses qui n’auront pas vu le jour faute de mots sensés pour les nommer.»

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Sur l'oeuvre et son auteur V2 [/su_heading]

Ingénieur, professeur à l’école polytechnique d’Alger, haut fonctionnaire Algérien, limogé pour ses prises de position et ses opinions sur le gouvernement de Bouteflika en 2003. Boualem Sansal est un de ceux qui écrivent en gravant en grosses lettres, dans chacun de ses romans, un message. Et il ne passe pas à côté de l’opportunité de suivre la peur encore fumante qui hante l’année 2015…

Publié en France chez Gallimard en août 2015, son dernier roman “2084 : La fin du monde”  récompensé par le Grand prix du roman de l’Académie française et  élu meilleur livre de l’année par le magazine Lire, nous donne à craindre un futur peu réjouissant largement inspiré de l’œuvre de Georges Orwell modifiée dans son essence et assortie d’une religion férocement ancrée.

Les critiques sont partagées :

« Le lecteur finira lui aussi par être emporté par le flot de Sansal pour couler à pic dans le cauchemar que nous fait vivre 2084 ». Libération.

« Dans vingt ans, quand les eaux islamophobes de France auront regagné leur lit, on se demandera comment on a pu s’emballer pour un thriller aussi lent ». ParisMatch.

 

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]histoire[/su_heading]

La quatrième de couverture nous donne un bel aperçu de ce à quoi s’attendre, des noms qui laissent peu de doutes sur leurs véritables cibles:

“L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.

Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…

Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.”

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique v2[/su_heading]

Sur la forme d’abord, il n’y a pas à douter : Boualem Sansal est une belle plume. Pas une de celles qui usent d’artifices pour maintenir l’attention à la façon d’un Michael Bay qui fait exploser tout ce qui est possible à l’écran ou en pimentant son ouvrage à grand coups d’érotisme. D’ailleurs, petite anecdote, j’étais dans le métro parisien, ligne 3, celle qui va de Levallois-Perret à République (en un certain sens c’est la plus hétéroclite) lorsqu’un vieux coq déplumé, un foulard rouge dépassant de son blaser de marque m’interpelle, me demandant mon avis sur ce livre en relevant ses lunettes de soleil (oui dans le métro). Je n’en étais encore qu’au premier tiers, mais déjà j’accrochais au style. Le gommeux dandy m’a répondu qu’il n’avait pas réussi à le finir, que ça manquait d’action à son goût. Il était à lire “Fifty Shades of Grey”. Je n’ai pas lu ce livre, et je ne doute pas de son pouvoir aphrodisiaque et de la qualité toute relative de l’écriture; mais c’est certain que “2084 : La fin du monde” est bien loin de ce genre d’action.

C’est en effet dans la contemplation que Sansal touche les gens et délivre son message. Sans pour autant être dans le réalisme quasi anthropologique de Zola, lui tend plus vers l’aquarelle, une toile un peu floutée. Il magnifie la lumière, éclaire ses personnages et embrase ses décors. J’ai parfois eut l’impression que son monde est contenu dans la flamme qui cache le visage du prophète que Boualem Sansal utilise à demi-mot. De ce point de vue c’est une vraie réussite.

 

Sur le fond, il me semble qu’on a perdu beaucoup de la profondeur et de la justesse d’Orwell. On a parfois le sentiment de quelques facilités scénaristiques et cela peut devenir rapidement frustrant. Mais, on découvre un monde s’appuyant sur des rouages déjà bien éprouvés par certains furieux du monde entier, religieux ou non. Et finalement ce que Sansal cherche à faire c’est nous mettre en garde contre un possible totalitarisme religieux, inquisiteur à la façon du Christianisme moyenâgeux, violent à la manière du nazisme moderne et effrayant comme peut l’être le fanatisme islamique contemporain. Outre ce propos, on ne peut pourtant pas s’empêcher d’avoir envie de secouer le héros et ce même si son charme réside en ce spleen de celui qui s’éveille dans un monde où la conscience est chose proscrite.

Je ne vous invite pas à approuver tout ce qu’il dit, bien au contraire, mais il n’est pas inintéressant d’aller l’écouter en interview.

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G. Orwell / B. Sansal

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Les plus et les moins[/su_heading]

Les Plus

– L’auteur sait nous peindre un monde douloureux aussi vidée de conscience qu’un désert aride.

– Une certaine poésie dans la litanie du héros qui saura charmer le lecteur.

 

Les Moins

– Le contemplatif n’est pas pour tout le monde.

– Un propos politique de l’auteur hors du livre discutable. Qui risquerait d’orienter certains vers de sombres pensées.

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]conclusion[/su_heading]

Je ne peux que vous conseiller de ne pas voir en ce livre une dénonciation d’une religion, simplement une mise en garde ou l’expression d’une crainte. En tous cas j’ai préféré faire comme ça.

C’est un livre à lire, oui, mais sans s’attacher à se qui se passe dans le monde réel. Prenez de la distance.

Incapable d'apprécier la verve fluide des auteurs comme Bergson ou Platon qui ne sont pourtant pas inintéressant, je baigne largement plus dans l'utopie de Barjavel ou la poésie de Pennac. Je ne boude pas mon plaisir devant une bonne BD et j'ai d'ailleurs longtemps exaspéré les libraires qui me voyaient dévorer leurs étagères de BD sans jamais rien emporter... Je chéris les romans d'Heroic-Fantasy et de SF, mais mon truc à moi c'est ce qui fait voyager dans le réel. Bref, je lis, un peu de tout, à mon rythme quoi..

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