J’irai cracher sur vos tombes – Boris Vian

Romance Thriller/Polar

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Publié pour la première fois en 1946 aux éditions du Scorpion; Boris Vian, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, nous donne à lire un récit insidieux dont la violence se révèle doucement au fil des pages, à la façon d’un venin. Un scorpion nous a piqués et son venin se répend lentement en nous.

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Sur l'oeuvre et son auteur V2 [/su_heading]

Boris Vian, poète, écrivain, peintre, acteur ou scénariste, ingénieur de formation, l’homme touche à tout, l’artiste est fabuleux. Et c’est sous un nom d’emprunt qu’il a commencé sa carrière d’écrivain : Vernon Sullivan. Vian se disait être son traducteur français.

C’est donc en 1946 que paraît « J’irai cracher sur vos tombes », hué par les critiques indignés d’autant de violence. Mais il ne faut pas s’y tromper, la verve brutale de l’artiste n’est pas gratuite, elle dénonce. Mieux, les mots du poète hurlent l’horreur de la ségrégation raciale aux États-Unis dans l’après guerre. Mais pas comme vous pourriez vous y attendre…

Boris Vian

[su_heading size= »35″ margin= »0″]histoire[/su_heading]

Buckton, Virginie. Une de ces petites villes d’un des états qui soutenait l’esclavage avant la guerre civile, une de ces petites villes qui continuent de voir l’homme noir comme un animal. Un homme débarque de New-York avec un dollar en poche, un revolver et un emploi de libraire dans le petit patelin. C’est Tom, son frère, qui lui avait obtenu. Il a fui la grande ville, poursuivit par les tueurs du gosse, un truc louche qui a mal tourné. Ses dadas, c’est le blues, le sexe et l’alcool. Et il ne compte pas en rester là. Lee Anderson… Il se ferait appeler Lee Anderson.

Il est difficile d’en dire plus sans gâcher le roman, sans révéler la substance de l’ouvrage qui mérite d’être découverte au fur et à mesure des pages. Vian ouvre ce roman de façon très floue, très vague et on ne comprend pas tout de suite ce que le protagoniste cherche à faire et c’est justement ça qui rend ce roman si plaisant. C’est le cheminement qui magnifie l’écriture plutôt que la finalité.

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique v2[/su_heading]

Des petits éléments révélant le contenu du livre peuvent s’être glissés dans ce qui suit. Mais il me semble que ceux-ci ne nuiront pas à l’expérience… Et comment faire autrement pour parler de mes ressentis ?

D’avance je préfère prévenir : ce livre n’est pas destiné à être lu par des enfants. Et à mon humble avis, il sera détesté et refermé par la plupart dès que la nature du héros se sera révélée. Ce livre est choquant. Ce livre est violent. Vian a voulu mettre un coup de pied dans la termitière ségrégationniste, il a souhaité marquer les esprits.

L’écriture peut paraître libidineuse, même obscène et sous certains aspects et dans un certain angle de lecture, on peut ne comprendre que ça, on ne peut lire que des horreurs. Pour ma part, et je me fais peut-être des idées, il m’a semblé lire le récit d’une vengeance. Un long cheminement vers une vendetta sanglante : un miroir de la violence que subissait les Afro-Américains dans le XXème siècle. Et tout la fureur que recèlent les mots de l’auteur prend alors son sens. Mais il est vrai que même en prenant en compte cette donnée, on peut, après quelques chapitres, aisément comprendre la censure qu’a connu ce livre, sans pour autant la cautionner…

Le personnage principal,  »Lee Anderson » : sur ce point, Vian est très fort, il m’a fait aimé un démon. Il m’a fait m’attacher à cet homme mystérieux qui débarque dans une petite ville où tout le monde se connaît et où personne ne l’attend. Un homme assez charismatique pour s’accorder les faveurs des jeunes filles du coin. Et assez séducteur pour devenir indispensable aux yeux de certaines.. Avec pour armes le Blues, le sexe et l’alcool il nous tire tout doucement dans l’ombre des ses funestes desseins avec un charme certain. J’ai dévoré ce roman en une soirée (il n’est pas bien long, avec à peine plus de 200 pages) et c’est un sentiment désagréable qui m’est resté quand je l’ai refermé. Je me suis sentis sale d’avoir suivi cet antihéros – ou héros moderne selon si l’on aime les  »bad boys » – dans sa folie vengeresse. Le côté paradoxal c’est que malgré mon dégoût pour l’homme et ses actions, je n’ai pas pu m’arrêter de tourner les pages. Et sur ce point, Vian n’a pas usurpé sa réputation de grand écrivain…

Pour ce qui est des autres personnages, Vian a choisi de les effacer ou de rendre ceux qui étaient assez malins pour interagir désagréable au lecteur. L’auteur a su faire un travail de séduction et il a créé un personnage unique autour de qui tourne tout le reste du roman, sans existence propre. Un protagoniste que l’on peut apprécier même avec méfiance.

On regrettera surtout que Vian ait eut la plume aussi graveleuse. Ce livre ferait, à coup sûr, pâlir les lectrices doucement excitées par la romance érotique de E. L. James… Et certaines scènes relèvent plus de la perversité gratuite que du message utile.

Le plus triste dans ce livre c’est le message. Vian choisit de nous montrer un homme qui a tranché en faveur de la vengeance par le sang. Et nous montre comment la violence peut apparaître comme l’unique solution. En lieu et place d’un message progressiste il nous livre une certaine réalité encore d’actualité après les récentes émeutes en Amérique du Nord… Une certaine réalité transposable un peu partout dans le monde moderne.

« Ceux du village le pendirent tout de même parce que c’était un nègre. »

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Les plus et les moins[/su_heading]

Les Plus

– Un cheminement suffisamment envoûtant pour vous rendre complice du héros.

– Une écriture sans concession.

– Un sujet encore sensible et non moins d’actualités aux États-Unis. Comme quoi, les choses n’ont pas forcément évolué.

 

Les Moins

– Une violence souvent dérangeante.

– Le sexe, omniprésent, dérangeant.

– Une morale étonnante. Et un message bien triste.

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]conclusion[/su_heading]

A tenir loin des âmes prudes. Un bouquin qui reste en tête longtemps après sa lecture  et qui peut laisser une amère sensation de culpabilité. Ma note est à la fois élevée pour signifier la qualité d’écriture et à la fois basse pour exprimer un certain désarroi face aux images que Vian nous crache à la figure.

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Incapable d'apprécier la verve fluide des auteurs comme Bergson ou Platon qui ne sont pourtant pas inintéressant, je baigne largement plus dans l'utopie de Barjavel ou la poésie de Pennac. Je ne boude pas mon plaisir devant une bonne BD et j'ai d'ailleurs longtemps exaspéré les libraires qui me voyaient dévorer leurs étagères de BD sans jamais rien emporter... Je chéris les romans d'Heroic-Fantasy et de SF, mais mon truc à moi c'est ce qui fait voyager dans le réel. Bref, je lis, un peu de tout, à mon rythme quoi..

2 Commentaires

  1. La critique est pertinente Hicar , elle offre un reflet juste sur l’auteur et son regard sur la ségrégation, il y a longtemps que j’ai lu ce livre cela me rappelle un bon souvenir de lecture merci.

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    • Avec plaisir!

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