Le mot de l’auteur : Henri Loevenbruck

Le mot de l'auteur

Aujourd’hui, nous avons le plaisir de vous offrir un nouveau « Mot de l’auteur », en accueillant un grand nom de la littérature française : Henri Loevenbruck !

Bonjour Henri Loevenbruck, et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions pour ce second « Mot de l’auteur ».

Vous êtes donc né en 1972 à Paris, de parents tous deux professeurs d’anglais. Selon votre site officiel (www.henriloevenbruck.com) ce sont eux qui vous ont transmis l’amour de la culture anglo-saxonne. Sont-ce également eux qui vous ont transmis l’amour des livres ? Sinon, d’où vous est venue cette envie d’écrire, de raconter des histoires ?

Il y a toujours eu effectivement beaucoup de livres dans mon environnement familial, et une certaine sensibilité littéraire. Mais c’est surtout mon ami d’enfance et à présent co-auteur Fabrice Mazza qui m’a donné le goût de lire, en me faisant découvrir Stephen King quand nous avions quinze ans… Ensuite, il y a eu deux profs de français, dont Jacques Guérif, un type étonnant, avec une ouverture d’esprit singulière. Quant à l’envie de raconter des histoires, cela remonte à plus loin. L’enfance. Et je ne saurais vous expliquer pourquoi. La génétique peut-être : mon grand-oncle Pierre Lœvenbruck était un écrivain populaire chez Tallandier…

Si on parcourt la biographie de votre site, on peut également apprendre que vous faites aussi de la musique, êtes un motard invétéré et avez touché à un peu tous les corps de métiers avant de devenir écrivain. Comment arrivez-vous à concilier ces trois passions que sont la musique, l’écriture et la moto ?

Ces trois passions se marient toutes seules ! Elles vont bien l’une avec l’autre. Mon dernier roman, Nous rêvions juste de liberté, parle de rock et de bécanes… La musique et l’écriture ont toujours fait partie de ma vie, je n’ai jamais pu trancher entre l’une ou l’autre. Elles se rencontrent d’ailleurs quand j’écris des chansons…

Le fait d’avoir souvent changé de métier vous aide-t-il parfois pour faire vivre vos personnages ?

Sans doute. On est jamais autant crédible que quand on parle de choses que l’on a connues. C’est sans doute pour ça qu’il y a souvent des bars dans mes romans !

Votre carrière en tant qu’écrivain a véritablement décollé avec vos deux trilogies de fantasy (La Moïra et Gallica, grâce auxquelles je vous ai d’ailleurs connu et que je recommande aux jeunes lecteurs). Comment vous est venue l’idée de ces trilogies ?

Adolescent, je dévorai de la Fantasy. D’abord Tolkien, puis les auteurs des années 1970-80. Et puis un jour, j’ai eu envie d’en écrire, mais en prenant à contre-pied deux poncifs de la Fantasy classique. C’est une littérature souvent conservatrice, qui veut revenir à un âge d’or passé… Dans La Moïra, c’est le contraire, l’héroïne veut tout foutre en l’air pour fabriquer un monde meilleur. De même, les grands héros de la fantasy classique, parce qu’elle est grandement inspirée de la légende arthurienne, sont toujours des hommes. Je me suis dit que, pour une fois, ce serait intéressant que cela soit une petite fille qui sauve le monde, plutôt qu’un jeune fermier avec une épée… Enfin, j’ai toujours été fasciné par les loups, et je les ai beaucoup étudiés. J’ai donc mélangé ces trois éléments, et cela a donné La Moïra et Gallica.

Pourquoi avoir abandonné ce genre littéraire pour finalement vous consacrer aux thrillers ?

Par lassitude. J’ai écrit six romans de Fantasy. C’est une littérature très codifiée, j’avais envie de m’en libérer… Et puis je n’ai jamais aimé m’enfermer dans un genre, d’autant qu’on est rapide en France à vous coller des étiquettes…

Gallica-Henri-Loevenbruck

Dans Gallica, Bohem (le héros), entre chez les Compagnons du Devoir. Dans la plupart de vos autres écrits, on retrouve souvent pour thème l'ésotérisme. Pourquoi avoir choisi ce thème récurrent en particulier ? Est-ce une « simple » passion ou bien faites-vous partie à part entière de ce monde là ?

Je suis agnostique, et comme tout agnostique qui se respecte, je ne cesse de questionner le monde, et de me poser des questions sur la spiritualité. L’ésotérisme est une façon de mettre le monde en question en permanence. Alors cela m’a toujours intéressé. Pendant de longues années, je m’y suis même intéressé de très près, oui, mais toujours avec un regard critique. Un doute permanent. Et puis, c’est éminemment romanesque !

Tous vos livres sont emplis de détails concernant ce domaine, et parfois ceux-ci sont très pointus. Comment faites vous vos recherches ?

Je remonte toujours à la source, pour toutes mes recherches. Je vais voir les spécialistes, je les interview, je lis tout ce qui a été écrit sur le sujet, je vais dans les bibliothèques, dans les archives… Et j’adore ça !

Par la suite, vous vous êtes lancés dans la publication d'une série de livres avec le même personnage principal (Ari, que j'ai mentionné dans ma critique portant sur le dernier livre de cette série). Quel rapport entretenez-vous avec lui ? Comment avez-vous eu l'idée de le faire devenir un personnage récurrent dans vos publications ? Vous êtes-vous inspiré d'une connaissance pour le créer ?

Ari, c’est un peu un mélange entre mon pote Fabrice et moi. Mais poussé à l’extrême ! Ari est parfois bien plus désagréable que nous, mais aussi, souvent, bien plus intelligent ! Quant au personnage récurrent, c’est sans doute un héritage de la littérature populaire et feuilletonante que j’affectionne. J’ai toujours aimé utiliser mes personnages dans plusieurs romans, parce que ça leur donne de la consistance, et les lecteurs, je crois, ont l’impression de retrouver un vieil ami.

En 2011, vous avez été nommé Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres. Qu'avez-vous ressenti en recevant cette distinction ? Qu'est-ce que cela implique ?

On est forcément touché, parce que c’est une belle distinction, un honneur qu’on vous rend, et dans mon cas, c’était d’autant plus touchant que je suis un auteur de littérature populaire, ayant flirté avec les littératures des l’imaginaire, un domaine rarement récompensé par les prix et les distinctions… Maintenant, ça n’a pas changé ma vie, ça n’a changé qu’un petit bout de mur sur lequel j’ai affiché le courrier ! N’étant pas très fanatique du monde politique et de ses politiciens, je ne suis pas allé chercher la médaille, mais je ne la renie pas pour autant !

954006182La même année est paru votre premier roman historique, L'Apothicaire. Celui-ci, en plus de la dimension ésotérique, comporte également une dimension historique très poussée. Comment avez-vous fait vos recherches ? Le style d'écriture diffère également beaucoup de vos autres livres. Cela a-t-il changé votre façon de travailler ? Comment vous êtes-vous adapté à ce nouveau style d'écriture ?

C’est, à ce jour, le livre qui m’a demandé le plus de travail, tant pour la documentation que pour l’écriture, en effet. J’ai mis trois ans à le rédiger. Pour me documenter sur le pèlerinage de Compostelle, je l’ai effectué à moto, en visitant chaque étape accompagné d’un guide. Et puis, encore une fois, j’ai lu tout ce que je pouvais lire sur le quatorzième siècle, sur les apothicaires, sur Paris… Pour l’écriture, j’avais envie de rendre un hommage aux auteurs de romans d’aventure du XIXe, et en particulier à Dumas. C’était un travail difficile, mais aussi un vrai régal ! Je me suis littéralement amusé en écrivant, ce qui m’arrive rarement.

opengraphL'année suivante, en 2012, vous avez lancé en collaboration avec votre ami Fabrice Mazza la géniale série Sérum, dont la saison 1 comporte 6 épisodes. Pour ceux qui ne connaissent pas encore, c'est une série de livres sous forme d'épisodes, un peu comme une série. Le point particulier c'est que la lecture de ces livres est intrinsèquement liée à la musique que les auteurs nous proposent via des flashcodes et au site internet de la série (www.serum-online.com). Comment vous est venu l'idée de la série ? Pourquoi avoir pris Fabrice Mazza comme collaborateur sur le projet ? Comment avez-vous travaillé ?

Fabrice et moi sommes donc des amis d’enfance. Adolescents, on a fait les quatre cents coups ensemble, mais aussi, on a écrit des histoires, tourné des court-métrages, etc. Un jour, on s’est promis d’écrire une vraie histoire ensemble. On ne savait pas trop si c’était pour le cinéma ou pour un livre. On s’est lancé. Sérum est né. C’est le fruit d’une vraie collaboration, à l’américaine. Tous les deux autour d’une table, à jeter des idées, construire le squelette, puis écrire. C’est une expérience fabuleuse, quand vous avez la chance de pouvoir écrire avec votre âme sœur.

Plus important encore, quand la suite va-t-elle paraître ? Sur votre site, on peut lire que la série est en cours d'adaptation à la télévision. Est-ce toujours d'actualité ?

Plus que jamais. La série a trouvé son réalisateur, et son acteur principal. Nous sommes en pour-parlers avec plusieurs sociétés de production. Et je ne pourrai pas vous en dire plus. Malheureusement, la sortie de la saison 2 est intimement liée à la production de la première, et nous ne pouvons donc pas encore annoncer de date…

Cette année encore, vous avez changé de style littéraire pour votre dernier roman, Nous rêvions juste de liberté (que je n'ai pas encore lu). Pourquoi changer à nouveau de style ? Pouvez-vous nous en parler brièvement ?

C’est un roman que j’avais sur le cœur depuis de nombreuses années, un roman beaucoup plus personnel, qui raconte ce qui peut arriver de plus beau et de plus horrible à une bande de potes qui grandissent ensemble. Un roman sur la liberté, laquelle occupe mes pensées chaque jour depuis mon enfance. Semi autobiographique, c’est un livre très particulier pour moi, et j’avoue que j’ai du mal à en parler… Mais il fallait que je le fasse. Encore une fois, j’avais aussi envie de changer un peu de style, par peur de me lasser, par peur de m’enfermer.

Comment travaillez-vous pour écrire ? Combien de temps passez vous en moyenne sur un livre ?

Je mets entre six mois et un an à préparer mon livre (à part pour L’Apothicaire où cela a été beaucoup plus long), en me documentant, en construisant un plan… Et ensuite, à peu près autant à l’écrire. Bref, entre un et deux ans par livre, en moyenne…

Vos livres sont traduits dans toutes les langues, avez-vous eu l'occasion de rencontrer ce public étranger et est-il différent de votre public français ? Un public ou un pays vous aura t-il marqué plus que d'autres ?

Toutes, non ! Je ne suis pas traduit en anglais, ce qui m’attriste bien, d’ailleurs, puisque c’est la seule traduction que je pourrais lire moi-même ! Oui, je suis allé plusieurs fois rencontrer mes lecteurs à l’étranger, et mes meilleurs souvenirs sont en Turquie et au Brésil. Des moments très forts, avec des lecteurs très chaleureux, très accueillants. Peut-être aussi parce que j’ai eu le plaisir, par la même occasion, de découvrir ces deux pays incroyables.

Quel rapport entretenez-vous avec la critique en général ?

Plutôt bon, et plutôt distant en même temps. J’essaie de ne pas trop sauter de joie au plafond quand une critique est bonne, et de ne pas m’effondrer quand elle est mauvaise. En seize ans de carrière, je ne me suis énervé que deux fois contre des critiques, parce qu’elles étaient mal intentionnées et venaient de personnes qui avaient un compte à régler avec moi, et qui se cachaient derrière leur plume pour le faire, ce que j’ai trouvé ridicule… Mais sinon, je ne m’offusque pas quand la critique est mauvaise. J’essaie de comprendre. Et puis, j’ai la chance d’écrire dans un genre où les rares personnes qui parlent de vous le font plus souvent en bien. Je n’ai pas l’exposition médiatique des auteurs de littérature générale qui, eux, en prennent plus souvent plein la caboche !

Quelle est votre actualité ? Travaillez-vous sur un nouveau roman ?

Je travaille en ce moment sur un genre de thriller, qui devrait paraître chez Flammarion en 2016, et qui est inspiré d’une histoire vraie. Ça s’appelle J’irai tuer pour vous, et c’est une histoire absolument incroyable, que j’ai décidé de raconter après avoir passé des heures à interviewer son principal protagoniste. Ça se passe dans le milieu des services secrets à la fin des années 1980, mais vous n’en saurez pas plus !

Merci encore de votre disponibilité. A vous le mot de la fin !

Le mot de la fin ? Euh… Eh bien, fin !

Henri Loevenbruck. Le 08/12/2015.

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Ce Mot de l'auteur a été orchestré par Amaesis (surtout !) et Sideara.

5 Commentaires

  1. J’ai lu Gallica il y a longtemps, et je ne connais pas l’auteur plus que ça, mais il a l’air vachement cool 😀
    J’ai rarement autant apprécié lire une interview ! Très bon boulot pour les questions, et les réponses sont vraiment intéressantes.

    Félicitations à toute l’équipe, j’adore !

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  2. Chouette interview, on sent qu’il y a eu une réelle préparation au niveau des questions, et les réponses de Loevenbruck sont généreuses et franches !

    Je ne connaissais pas du tout cet auteur et c’est plutôt une agréable découverte ! 🙂

    Répondre
    • Faut pas hésiter du tout à te lancer alors :p

      Répondre
  3. Très heureux d’avoir pu lire l’interview de qualité d’un confrère Henri Loevenbruck 🙂

    Répondre
  4. super interview très intéressante. Merci pour tout le travail que vous apportez c’est un plaisir de vous lire
    Athenis

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