Les mangeurs d’étoiles – Romain Gary

Romance

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Une file de Cadillacs noires roule à toute allure dans les Andes, sur les lacets d’une dictature sud-américaine sur laquelle règne d’une main de fer José Almayo ; à leur bord, toute une ribambelle d’artistes, de saltimbanques, un prêtre, un avocat, tous invités de l’autocrate. Tout à coup, la colonne s’arrête. Le capitaine Garcia reçoit l’ ordre de tous les fusiller…


[su_heading size= »35″ margin= »0″]Sur l'oeuvre et son auteur V2 [/su_heading]

De son vrai nom Roman Kacew, diplomate (et ceci prendra tout son sens dans ce roman), Romain Gary est aussi écrivain, reconnu et honoré pour des livres comme Les racines du ciel et La promesse de l’aube deux romans récompensés par des prix Goncourt.

Publié en 1966 Les mangeurs d’étoiles c’est un fantasme de diplomate, une tragédie pittoresque dont il aurait voulu être le témoin direct… Et qui finalement n’était peut être pas si éloigné de son expérience sud-américaine. Les mangeurs d’étoiles n’ont rien à voir avec le monde de l’astronomie, non ce sont d’abord ces indiens cujons qui mâchent les feuilles de mastala, de quoi leur faire oublier les siècles d’avilissement et leur misère rémanente. Mais pour Romain Gary, ces mangeurs d’étoiles ce sont aussi tous ces gens qui sont prêts à tout pour toucher du doigt un idéal inatteignable…

A noter qu’il y a une suite « Adieu Gary Cooper », parue en 1969. Une suite qui sort complétement de ce contexte-ci.

 

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]histoire[/su_heading]

Invité par le Général Almayo, le Docteur Horwat, prédicateur de renom, égérie des médias et des pratiquants, se retrouve à bord d’une Cadillac noire, brillante, un véhicule officiel qui fonce vers le palais présidentiel. A ses côtés et dans les voitures qui suivent tout une troupe de saltimbanques aux talents variés, allant du ventriloque loufoque au priapique cubain, sans oublier cette vieille indienne qui passait son temps à mâcher ses étranges plantes, perdue dans ses hallucinations.

La capitaine Garcia fit arrêter le convoi dans un petit village perdu dans les montagnes. Bientôt rejoins par une américaine quelque peu alcoolisée que tous les soldats semblaient regarder avec respect ou tout du moins avec crainte. Ils n’avaient pas peur d’elle mais de son amant : le libérateur du pays, leader maximo du peuple orpimé, le Général Almayo. Le téléphone sonna. Et seul ceux qui comprenaient l’espagnol devinrent blêmes, les autres commencèrent à s’agiter. Garcia demanda confirmation. Plus de doute, Almayo lui-même avait répondu. Ils seraient tous fusillés y compris sa fiancée et sa mère.

Là était sa seule issue. Fusiller tous ces étrangers, parmi lesquels figuraient des Américains, c’était sa seule option. Il les ferait tous tuer pour mettre sa sur le dos de ces révolutionnaires qui ne se satisfaisaient plus de son règne. Il avait faiblit et son maître l’avait bien vu.

De là commence toute une série de portraits, de fils de vie et de chemins variés qui viennent expliquer le pourquoi de cette grotesque mascarade.

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Critique v2[/su_heading]

Bien étonnante façon d’expliquer le monde et ses agitations. Romain Gary nous livre ici un récit réfléchi quasi-philosophique sans la prose qui rebute les non-initiés (comme moi) à lire des gens comme Bergson. En plus de nous donner un panorama d’existences toutes plus passionnantes et passionnées les unes que les autres, des parcours magiques, parfois tragiques, l’auteur utilise habilement les mots pour nous pousser à cogiter sur ce qui motive les rêves de chacun.

Un point habilement amené c’est la cause de la folie sanglante d’Almayo. Qu’est-ce qui motive la soif inexpugnable de mal du général ? Le gamin qu’il était a pris sur ses épaules le poids des générations d’indiens Cujons qui se sont retrouvés sous le joug des Espagnols depuis la colonisation et qui jusqu’à lui s’est traduit par une éducation catholique extrême. Pour lui la Terre est le royaume du Diable et le Ciel est le domaine de Dieu. Sur Terre, l’argent, le sexe, la drogue, le meurtre, tout les crimes, tout ce qui peut nuire est l’œuvre du démon. Et pour l’enfant qui n’a rien, ni richesse ni avenir, seul le Diable peut lui offrir un avenir. Et persuadé de ce fait, il fera tout ce qu’il peut de mauvais pour attirer son attention, bénéficier de sa proteciòn. Il courra jusqu’à la fin pour pactiser avec lui, pour lui vendre son âme. Encore une fois, c’est un antihéros. Et de ce point de vue, le personnage est un triomphe : on vit son évolution avec horreur et souvent avec compréhension…

Sur les autres personnages, c’est tout autant réussi. Romain Gary nous dépeint toute une bande de mangeurs d’étoiles d’un certain type. Tous à la poursuite d’un rêve : l’un obsédé par la n-ième balle, incapable de se satisfaire de ses talents déjà reconnus de jongleur, un autre dont le talent de violoniste n’a été remarqué que parce qu’il jouait sur la tête, ou encore un pasteur décidé à livrer un combat à mort contre le Diable, persuadé que son existence est pareille à un ring de boxe. Tous torturés dans leur poursuite d’un rêve. Tous un peu fous. Tous compris par Almayo.

Gary aborde aussi le thème de l’omnipotence des USA en Amérique du Sud, un hégémonie parfois pleine d’idéaux, parfois bien plus avilissante. Toute-puissante influence qui se retrouve personnifiée par la fiancée d’Almayo persuadée de faire le bien, et qui cherche à se racheter auprès d’un autre maître, Dieu.

Sur l’écriture plus globalement, il n’y a rien à redire. Et on comprend assez aisément la renommé de Gary en tant qu’écrivain. Même s’il m’a parfois semblé traverser quelques longueurs… Je ne saurai dire si c’était l’inconfort du métro ou si il s’agissait de l’auteur. Mais de toute façon, il m’a transporté. Il m’a emmené jusque dans ces montagnes, il m’a fait sentir la sueur des condamnés, il m’a montré les étoiles que poursuivent sans fin tous ses personnages.

Pour finir, voilà une interview sortie des archives de l’INA sur ce livre, http://www.ina.fr/video/I05300177,  Romain Gary développe tout ce qu’il cherchait à y montrer. Je ne retiendrai qu’une phrase :

« Goethe a franchement menti. La véritable tragédie de Faust ce n’est pas qu’il ait vendu son âme au Diable, c’est qu’il n’y a pas de Diable pour vous l’acheter. »

 

[su_heading size= »35″ margin= »0″]Les plus et les moins[/su_heading]

Les Plus

– Une écriture qui vous transporte loin…

– Des personnages envoûtants.

– Une volonté de faire réfléchir le lecteur sur des sujets relativement compliqués, mais d’une façon suffisamment légère pour ne pas brusquer le lecteur.

 

Les Moins

– Quelques longueurs.

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[su_heading size= »35″ margin= »0″]conclusion[/su_heading]

A lire et à réfléchir. Un roman étonnant, qui fait voyager, qui fait penser.

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Incapable d'apprécier la verve fluide des auteurs comme Bergson ou Platon qui ne sont pourtant pas inintéressant, je baigne largement plus dans l'utopie de Barjavel ou la poésie de Pennac. Je ne boude pas mon plaisir devant une bonne BD et j'ai d'ailleurs longtemps exaspéré les libraires qui me voyaient dévorer leurs étagères de BD sans jamais rien emporter... Je chéris les romans d'Heroic-Fantasy et de SF, mais mon truc à moi c'est ce qui fait voyager dans le réel. Bref, je lis, un peu de tout, à mon rythme quoi..

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